07 décembre 2019 à 03:00:58

Nouvelles:

Forum en cours de rénovation, désolé pour les perturbations ! [Natara]


Les fanfics et vous

Démarré par Lilrenya, 30 mars 2018 à 18:32:45

« précédent - suivant »
En bas
avatar_Sohor

Sohor

26 août 2019 à 11:26:01 #30 Dernière édition: 26 août 2019 à 14:19:00 par Sohor
Je me posais la question de la définition de la fanfiction, de même que le fanart, et je suis tombée sur un point de vue qui pourrait apporter quelques pistes de réfléxions.

'La Mort de l'Auteur', par Roland Barthes (je vous le conseille fortement) est un essai critique littéraire publié dans les années 60 qui ouvre une perspéctive intéressante, celle de la remise en question de l'auteur sacralisé.
Pour Barthes, l'auteur est 'mort', l'oeuvre nait et prend son sens dans l'esprit du lecteur et il n'y a pas de lecture sans cette scission; lire une oeuvre (ou regarder un film, ou autre) signifie de fait le divorce d'avec l'auteur-dieu qui est souvent considéré comme tout-puissant sur son oeuvre alors qu'il n'est pas seul garant de son sens et de son authenticité.

Il décrit la notion d'auteur comme un phénomène moderne, alors que dans la transmission orale par exemple, le récit était le fait de plusieurs personnes 'médiateurs et récitants', et pose l'auteur moderne comme le produit du concept de 'prestige de l'individu' ou du 'génie' qui a vu le jour dès la Rennaissance avec 'l'empirisme anglais, le rationalisme français et la foi personnelle de la Réforme', la glorification de ce qu'un individu peut accomplir, pas si éloignée du culte de la personnalité, conjuguée au principe de droit naturel et de droit de propriété dans la pensée libérale.
Selon lui, 'l'image de la littérature que l'on peut trouver dans la culture courante est tyranniquement centrée sur l'auteur', alors que 'le lecteur est l'espace même où s'inscrivent, sans qu'aucune ne se perde, toutes les citations dont est faite une écriture ; l'unité d'un texte n'est pas dans son origine, mais dans sa destination' et de ce fait, 'la naissance du lecteur doit se payer de la mort de l'auteur'.
Il cite Mallarmé qui a souligné la 'nécessité de substituer le langage lui-même à celui qui est censé en être le propriétaire', 'pour lui, c'est le langage qui parle, pas l'auteur'.

Tout cela peut s'inscrire dans les interrogations qui s'imposent parfois quand on écrit de la fanfiction, on n'est jamais que des interprétants, consignant simplement ce qu'une oeuvre fait écho en nous, soit le même processus de réinterprétation qu'un auteur a accompli de fait. Car aucun auteur n'invente quoi que ce soit, il n'est lui-même qu'un simple médiateur modelant des concepts déjà existants.

La fanfiction n'est pas de la création, et une oeuvre originale ne l'est pas davantage.

'Nous savons maintenant qu'un texte n'est pas fait d'une ligne de mots, dégageant un sens unique, en quelque sorte théologique (qui serait le « message » de l'Auteur-Dieu), mais un espace à dimensions multiples, où se marient et se contestent des écritures variées, dont aucune n'est originelle : le texte est un tissu de citations, issues des mille foyers de la culture. [...] L'écrivain ne peut qu'imiter un geste toujours antérieur, jamais originel ; son seul pouvoir est de mêler les écritures, de les contrarier les unes par les autres, de façon à ne jamais prendre appui sur l'une d'elles ; voudrait-il s'exprimer, du moins devrait-il savoir que la « chose » intérieure qu'il a la prétention de « traduire », n'est elle-même qu'un dictionnaire tout composé, dont les mots ne peuvent s'expliquer qu'à travers d'autres mots, et ceci indéfiniment.' (Roland Barthes)

Il y a plus de détails dans cet article très intéressant et concis (qui étend également l'idée de mort de l'auteur aux autres médias comme les films et que l'on peut parfaitement appliquer aux jeux vidéos) https://www.polyscope.qc.ca/?p=3607

La Mort de l'Auteur est décortiquée de façon instructive et amusante par Lindsay Ellis ici (pour les personnes à l'aise avec l'Anglais, les sous-titres sont abominables par contre même si quelquefois c'est relativement intelligible) qui intègre à son analyse la relation de l'auteur avec ses fans via Twitter par exemple, elle parle aussi brièvement de fanfiction:

Blackwall alias Thom Rainier est incontestablement la meilleure chose dans la vie, mieux que d'écraser mes ennemis et d'entendre les lamentations de leurs femmes.
Avatar par l'illustratrice Uriell -commande personnelle-

En haut