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Fanfic DAI: Le chant de la haine

Démarré par ViVii, 11 février 2017 à 14:38:01

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ViVii

         Chapitre 1 : La foudre s'abattra du ciel

     L'Inquisition venait de faire un véritable coup de maître au Jeu: sauver l'Impératrice et la réconcilier avec sa chère « marquise » Briala. Dorian n'avait de cesse de railler son amie à ce sujet, et ce, même deux semaines après leur retour à Fort Céleste.
« C'est votre côté fleur bleue qui vous a poussé à les réunir, n'est-ce pas ? Quelque chose me dit que votre relation avec Cullen y est pour quelque chose... » Taquina-t-il, un sourire goguenard aux lèvres.
« De quoi vous parlez ? » Réagit Aelia, piquée au vif.
« Oh, mais de votre danse bien sûr ! Répliqua Dorian, à moitié hilare. Il avait pourtant dit qu'il ne danserait pas. Mais pour vous, il a accepté de se ridiculiser ! Tout ce romantisme, quelle horreur... »
Il fut soudain assombri par la silhouette imposante d'Iron Bull, qui était arrivé par derrière en écoutant la conversation.
« Ouais, t'aimerais ça hein ? Si tu veux, je peux te faire danser. Mais pas sûr que tu puisses marcher tout de suite après... » Souffla-t-il.
Le mage tévintide le fixa, l'air offensé. Il prétendit devoir chercher et lire un certain livre et fila à la bibliothèque aussi vite qu'un de ses sarcasmes.
Iron Bull haussa des épaules, amusé, et se dirigea vers la taverne après avoir salué l'inquisitrice d'un signe de tête. Aelia le suivit des yeux distraitement. Tout le monde commençait à remarquer son intérêt pour Cullen. Devait-elle s'en inquiéter ? Elle craignait qu'une relation avec le commandant nuise à l'Inquisition. D'un autre côté, elle pensait de plus en plus à lui, tant et si bien qu'elle avait du mal à se concentrer lors des conseils de guerre, où pendant les dîners lorsqu'il daignait se montrer... Elle avait même surpris Léliana l'observer avec un petit sourire en coin. Ils avaient fait quelques parties d'échecs, et la mage avait adoré ce moment. Rien ne venait entacher ce doux souvenir, pas même son inquiétude par rapport au sevrage de Cullen. Il n'avait pas été facile pour lui de se libérer de sa dépendance au lyrium. Comprenant son dégoût pour ce que cette substance signifiait pour lui, elle avait fait de son mieux pour l'encourager dans sa décision de se sevrer, avec le soutien de Cassandra.
     Aelia fut tirée de ses pensées par un messager qui l'a bouscula malencontreusement. Il se répandit en excuses, rouge de honte. Elle le rassura en disant que ce n'était rien, et lui permit de reprendre son travail. La Messagère d'Andrasté commença par se diriger vers ses quartiers, désireuse de se reposer tranquillement, loin de toute agitation. Mais elle s'arrêta : elle souhaitait aussi se confier à quelqu'un. Toutefois, qui donc pourrait bien l'écouter ? Dorian serait trop heureux d'en profiter pour la titiller. Sera ne prenait jamais rien au sérieux, et lui conseillerait sûrement quelque chose du genre « mettez-vous à nue devant lui... et prenez la situation en main ! ». Aelia rougit à cette seule pensée. Elle secoua la tête et continua à passer ses compagnons en revue. Blackwall ? Gentil et galant, mais très centré sur lui-même... Il ne serait pas à l'écoute. Et elle n'était pas sûre qu'il voit d'un bon œil le leader de l'Inquisition avec son commandant. Varric serait prompt à donner des conseils extravagants. Elle avait besoin d'un avis et de conseils, pas de l'intérêt purement littéraire d'un écrivain de renom de son genre ! Même si ça pouvait être drôle. Aelia soupira, se forçant à se concentrer sur un confident plutôt qu'à l'élaboration d'une histoire rocambolesque entre une mage et un beau templier. Aelia ne se sentait pas à l'aise avec l'idée de discuter de ses sentiments avec un Qunari mercenaire. Et Cassandra n'était pas vraiment le genre de personne lucide sur une histoire d'amour. Ce serait quoi ? « Inquisitrice, déclarez votre amour en lui lisant un poème ! » avec une voix passionnée, en prenant les mains d'Aelia dans les siennes. Celle-ci pouffa de rire en imaginant la scène. Les passants alentours lui jetèrent un regard interloqué. Cole ne comprendrait pas. Solas ? Discuter de magie avec lui donnait lieu à des conversations fascinantes. Mais parler d'amour ? Hors de question. Et Joséphine et Léliana étaient bien trop prises par leur travail. Avec un grand soupir, elle abandonna l'idée de se confier et se rendit dans ses quartiers.

     Le soir venu, Aelia descendit pour aller manger. Tout le monde ou presque était là, il manquait seulement Léliana et... Joséphine ? Aelia songea qu'il y avait peut-être quelque chose de grave et d'urgent pour retenir leur attention. Joséphine ne manquait aucun repas en compagnie des dignitaires présents à Fort Céleste. L'inquiétude s'empara d'elle : il y avait forcément quelque chose, ça ne ressemblait pas à l'ambassadrice d'être absente. Elle garda néanmoins son sang-froid, affichant un air impassible. Elle prit place à côté de Cullen (Dorian lui jeta un regard appuyé) et l'interrogea à voix basse sur l'absence de la conseillère.
« Tout ce que je sais, c'est que Léliana s'entretient avec elle depuis le début de la soirée. Il semblerait qu'elle ait reçu un rapport très préoccupant, mais je n'en sais pas plus. » Répondit-il dans un murmure.
Aelia l'observa du coin de l'œil. Le commandant avait la mine renfrognée ; elle en déduisit qu'il avait dû être forcé d'assister au dîner pour combler l'absence des deux autres conseillers. D'ailleurs, la plupart des femmes présentes dans l'assemblée se mettait à glousser dès qu'elles levaient les yeux vers lui. La raison pour laquelle Cullen assistait rarement aux repas était évidente...
« Alors chère amie, comment vous sentez-vous ? » S'enquit Dorian.
« Je me suis reposée. Le Noble Jeu était éreintant, j'en ai mal à la tête rien que d'y repenser. Je me dis parfois que j'ai eu de la chance de ne pas être une aînée dans ma famille. » Répondit Aelia.
« Oh, c'était comme à la maison : des complots, du désespoir, quelques assassinats par ci par là... Dorian poussa un long soupir. Je devrais éviter d'y repenser. »
« Parlons plutôt de bonnes nouvelles, dans ce cas ! Encouragea la Messagère. L'Inquisition a désormais une bonne influence. Nous avons eu plein de nouveaux alliés depuis. »
Le Tévintide lui adressa un grand sourire.
« Oui, ça vous fait un problème de moins. Vous allez pouvoir dormir un peu plus sereinement, j'espère. »
Cullen se tourna brusquement vers eux.
« Comment ça ? Vous... Vous dormez mal... inquisitrice ? » Interrogea-t-il, l'air inquiet.
Aelia se demanda ce qui le préoccupait : son sommeil, ou ses rêves ? Était-ce par politesse, ou autre chose ?
« Disons que le stress n'est pas l'idéal pour avoir des nuits reposantes. » Répondit-elle vaguement.
« Oh, oui, bien sûr. »
Le commandant détourna le regard, gêné. Aelia fronça les sourcils en voyant Dorian tenter de réprimer un fou rire. Sera, qui était en pleine conversation avec Blackwall et Iron Bull, leur lança un coup d'œil, intriguée. Aelia donna un coup de coude à son ami, agacée qu'il attire l'attention ainsi.
     C'est alors que des pas pressés se firent entendre. L'inquisitrice fixa les deux nouvelles venues : Joséphine et Léliana. Elles avaient la mine sombre, et la lumière rougeoyante des torches leur donnait carrément un air angoissant. Cullen se raidit en voyant à son tour les deux arrivantes. Celles-ci se dirigèrent tout droit vers leur dirigeante. Léliana se pencha à son oreille, mais Joséphine l'arrêta net.
« Je ne pense vraiment pas que ce soit nécessaire de la prévenir ! » Chuchota-t-elle à l'intention de la maître-espionne.
« Me prévenir de quoi ? » Questionna Aelia.
« Il vaudrait mieux que nous en parlions en privé, inquisitrice. » Murmura Léliana, d'une voix accablée.
« Non, ça peut au moins attendre la fin du repas ! Il faut montrer une certaine image aux digni... »
« Josie ! » Interrompit le Rossignol.
La Messagère d'Andrasté posa ses couverts en douceur et se leva, en adressant un petit sourire aux nobles qui les scrutaient en essayant d'entendre leurs paroles. Elle emboîta le pas de ses deux conseillères. Dans un grand bruit, Cullen repoussa son assiette et les suivit, sous les gémissements plaintifs des femmes présentes.
« Merci pour votre discrétion, commandant. » Fulmina Léliana.
Cullen renifla, indifférent. Contrarier quelques nobles ne le dérangeait pas le moins du monde.
Ils se rendirent dans le bureau de Joséphine prestement. La pièce était impeccablement rangée, même le bureau malgré la tonne de parchemins. L'ambassadrice avait l'art et la manière d'être tant et si bien organisée que les centaines de lettres et de rapports n'étaient absolument pas une difficulté à trier soigneusement pour elle. L'Antivane alla s'asseoir derrière son propre terrain de bataille et prit, entre ses mains délicates, une lettre qui semblait avoir été lue maintes fois déjà.
« Inquisitrice, Léliana a reçu un rapport d'un de ses agents. Un rapport qui vous concerne. »
Aelia croisa les bras, en attendant la suite.
« Tout d'abord, quels rapports entretenez-vous avec votre frère Julian Trevelyan, inquisitrice ? » Demanda Léliana d'une voix douce.
Leur chef se crispa en entendant le nom de son frère aîné. Elle prit une profonde inspiration, et leur répondit qu'ils ne se parlaient plus depuis de longues années. Tous comprirent qu'il s'était passé quelque chose de grave... Mais quoi ? Aelia ne semblait pas vouloir en dire plus. Joséphine adressa un regard implorant à la maître-espionne, mais cette dernière n'en tint pas compte.
« Navrée d'avoir à vous l'annoncer, mais... » commença Léliana.
« Mais ce n'est peut-être pas nécessaire de vous en parler si vous n'avez plus aucun contact avec votre frère ! » Interrompit l'ambassadrice, d'une voix tremblante.
La mage lui lança un regard brûlant. Ses deux conseillères n'avaient pas pris part au repas, et elles l'avaient attiré loin des oreilles indiscrètes pour l'avertir d'une affaire importante. Qui semblait être en lien avec son frère. Et maintenant elles faisaient marche arrière ?
« Je veux savoir ce qu'il se passe. » Gronda-t-elle.
Joséphine baissa la tête, embarrassée. Cullen gardait le silence, attendant la suite. Les flammes des torches et des bougies faisaient danser les ombres dans la pièce, rendant la scène quelque peu lugubre.
« Vous saviez que votre frère est templier ? » S'assura Léliana.
Aelia hocha affirmativement la tête.
« Eh bien, votre frère ne se trouve plus dans les Marches Libres. Il est à Orlaïs depuis quelques mois, maintenant. Mes agents ont découvert qu'un certain Julian Trevelyan s'était rendu à l'Emprise du Lion récemment. À la Tour d'Os... »
Léliana laissa sa phrase en suspend, sachant pertinemment que l'inquisitrice comprenait ce que cela impliquait.
Aelia perdit contenance. Elle se retourna, s'appuyant sur le dossier d'une des deux chaises devant la cheminée. L'idée que son frère puisse être un templier rouge la rendait malade... Elle pensait que l'éloignement le mettrait en sécurité, qu'il ne serait pas mêlé à toute cette histoire. Pourquoi était-il à l'Emprise du Lion ? Pourquoi était-il avec les templiers rouges ? Il ne pouvait pas en être un. Mais elle devait le vérifier par elle-même. Pour la première fois depuis des années, Aelia ressentait le besoin de voir son frère, afin de s'assurer qu'il allait bien. Mais le pouvait-elle vraiment ? Il n'avait sûrement pas oublié, et lui avait encore moins pardonné. Pourtant, il fallait qu'elle sache s'il était un templier rouge ou non. Et surtout, pourquoi se trouvait-il à la Tour d'Os, qui était un de leurs bastions ? Peut-être était-il prisonnier.
« Sait-on pourquoi se trouve-t-il là-bas ? » questionna Aelia, la voix brisée.
« Non, pas précisément. On sait juste qu'il s'y est rendu avec un groupe de templiers rouges. » Répondit Joséphine.
Aelia serra les poings. Un bref éclair fusa dans la pièce. Cullen mit aussitôt la main sur le manche de son épée, prêt à dégainer : réflexe dû à sa méfiance des mages... Aelia le remarqua, et eut un pincement au cœur. Elle se força à se calmer. Le commandant se endit compte de son geste et eut l'air troublé. Il adressa un regard d'excuse à l'inquisitrice.
« Merci pour ces renseignements. » Souffla-t-elle.
Elle sortit promptement de la pièce. Elle avait besoin d'air. Varric avait peut-être raison : elle avait la poisse divine.
     Aelia courut jusqu'aux remparts de Fort Céleste. Elle inspira de grandes goulées d'air froid. Cette courte discussion venait de lui faire remonter de douloureux souvenirs. Et il fallait ajouter à cela le risque que son frère soit lui-même un templier rouge ? Ou tout du moins, la quasi-certitude qu'il travaillait avec ces monstres... au service de son ennemi juré : Corypheus. Allait-il tout lui prendre ? L'inquisitrice serra les dents. Elle s'accrocha au rebord, refusant de s'effondrer. Corypheus avait tenté de s'emparer des mages retranchés à Golefalois. Il avait tué nombre des soldats de l'Inquisition. Darse avait été détruite à cause de lui, et elle avait failli être ensevelie sous une montagne en se sacrifiant pour protéger ce qu'il restait de l'Inquisition. Il avait manipulé les Gardes des Ombres, avait sali leur Ordre. Il avait tenté d'assassiner l'Impératrice Célène, profitant de la guerre civile. Et cette chose gonflée d'orgueil avait corrompu les templiers. Combien de gens avaient souffert à cause de lui ? Combien souffriraient encore ? Et maintenant, il cherchait à lui prendre son frère ? Ce n'est pas comme si elle ne l'avait pas déjà perdu. Mais elle ne pouvait pas laisser l'Ancien corrompre Julian.

     Au beau milieu de la nuit, après avoir préparé ses affaires, Aelia sortit discrètement de ses quartiers. Dorian, Iron Bull et Sera l'attendaient déjà aux portes de Fort Céleste, sous l'œil vigilant des gardes. Aelia n'avait prévenu personne, mais elle se doutait que ses conseillers le sauraient bien assez tôt.
« Prêts ? » demanda-t-elle à ses compagnons.
« Toujours, chef. » Répondit Iron Bull au nom de tous.
« Alors allons-y. » Ordonna l'inquisitrice, déterminée.
"Nous sommes tous frères sous la peau, et j'aimerais écorcher l'humanité pour le prouver."
-Ayn Rand-

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          Chapitre 2 : Le feu est son eau

     Le voyage jusqu'à l'Emprise du Lion était plutôt rapide, étant donné qu'il s'agissait d'une région assez proche de Fort Céleste. Grâce aux puissants destriers du maître palefrenier Dennet, Aelia et ses compagnons ne mirent que trois jours pour arriver à l'Emprise. Sera et Iron Bull avaient fait leur possible pour détendre l'atmosphère, mais Dorian voyait bien que leurs blagues salaces et leurs discussions graveleuses sur des femmes aux « gros lolos » ne déridaient pas l'inquisitrice. Aelia leur avait vaguement fait part de la situation ; néanmoins, le mage tévintide se doutait bien que c'était plus qu'une simple mission de repérage dans un bastion remplit de templiers rouges, autrement, ils auraient laissé faire les agents de Léliana. Il connaissait suffisamment son amie pour comprendre que quelque chose de grave la tracassait, mais il ne pouvait pas non plus la forcer à se confier.
     La veille au soir de leur arrivée à l'Emprise du Lion, Dorian se décida à demander ce qui n'allait pas à l'inquisitrice. Libre à elle de répondre, après tout. Iron Bull et Sera se turent, curieux eux aussi de savoir la raison. Aelia leva la tête pour regarder les étoiles. La nuit était glaciale et lui semblait sombre, malgré le feu de camp et la neige environnante d'une blancheur immaculée. Heureusement, aucun flocon ne tombait du ciel. La Messagère ferma les yeux et inspira profondément. Puis elle les rouvrit pour planter son regard dans celui de Dorian afin de lui répondre.
« Mon frère se trouve à la Tour d'Os. Avec des templiers rouges. »
Cette révélation sonna comme un coup de tonnerre pour ses amis.
« Merde. » Lâcha Sera.
Ils ne pouvaient qu'imaginer le tourment que cela causait à leur amie.
« S'il lui est arrivé quoi que ce soit... » fulmina l'inquisitrice dans un murmure.
Le silence tomba. On n'entendait que le souffle du vent et le crépitement des flammes. Aelia replia ses genoux vers elle et posa sa tête dessus, s'entourant de ses bras. Dorian posa une main hésitante sur son épaule, désireux de lui montrer du réconfort. Ils restèrent ainsi quelques minutes. Il n'y avait aucune gêne, aucun embarras dans ce silence. Juste de la compréhension, et du soutien : elle était leur chef, mais aussi et surtout leur amie.
     Lorsqu'ils décidèrent d'aller se coucher, Sera enlaça Aelia dans ses bras, en lui promettant qu'en revenant à Fort Céleste, elles iraient encore manger des biscuits sur le toit de la taverne. Cela fit sourire l'inquisitrice, qui aimait beaucoup ces moments avec son amie farceuse. Iron Bull lui donna une grande tape dans le dos (Aelia manqua de tomber par terre) en guise de bonne nuit, et Dorian lui dit affectueusement qu'elle pourrait toujours compter sur lui, ce qui lui fit chaud au cœur. Quoi de plus merveilleux que d'être entourée de personnes en qui l'on avait entièrement confiance ? Aelia ne put s'empêcher de penser à Cullen. Il était vraiment temps de dormir.

     Le lendemain, ils atteignirent le campement près du village de Sahrnia en fin de matinée. Ils partagèrent le repas avec les gardes présents sur le camp, échangeant les dernières nouvelles sur l'actualité d'Orlaïs et sur la reconstruction du village, puis repartirent en direction de la Tour d'Os. A mesure qu'ils se rapprochaient, Aelia sentait l'angoisse s'insinuer en elle. Elle avait peur de ce qu'elle risquait de découvrir, et elle avait encore plus peur de faire face à son frère, tant d'années après... Et la vue de la Tour rendait chaque pas plus lourd, plus incertain.
« Eh chef, c'est quoi le plan ? » Interrogea Bull, tout en continuant de surveiller les alentours.
« Ne pas geler sur place déjà, ce serait pas mal ! » S'exclama Sera d'une voix grincheuse, frissonnante.
Dorian renchérit, tout-à-fait d'accord avec l'archère.
« Si tu veux, je pourrais te réchauffer Dorian. » Susurra Iron Bull en lui adressant un regard de braise.
« On rentre dans le tas, et on trouve mon frère. Ce sera facile, il me ressemble beaucoup. » Répondit simplement l'inquisitrice, coupant court à l'échauffement de ses compagnons.
Du moins, s'il n'était pas corrompu au point d'en être méconnaissable... Mais elle chassa aussitôt cette pensée. Elle devait se concentrer sur ce qu'ils allaient faire, pas sur ses états d'âme.
« Donc on cherche un beau templier rouquin aux yeux verts ? Effectivement, ça ne devrait pas être compliqué. Ce n'est pas comme si les roux n'était pas... discrets, avec une telle couleur de cheveux ! » réagit Dorian, avec un petit sourire en coin.
« Ah non, je vous arrête tout de suite : pas de blagues sur les roux. » Prévint Aelia.
« Compris chef. Cette fois, on fonce dans le tas. Pas de blagues. On trouve un roux, on le tue pas, on vous laisse le gérer. J'espère qu'ils ne sont pas tous roux. Vous vous ressemblez tous, en même temps... » commença le Qunari, tandis que Sera partit dans un grand éclat de rire.
L'inquisitrice leva les yeux au ciel. Décidément...

     Quand ils arrivèrent à la Tour d'Os, ils furent accueillit par tout un groupe de templiers rouges. Avec un rugissement enjoué, Iron Bull respecta à la lettre ce qui était prévu : il fonça dans le tas, en brandissant sa lourde hache avec une aisance remarquable. Le tranchant de la lame fendait l'air en coupant tout ce qui se mettait en travers de son chemin. Quant à Sera, elle décochait ses flèches dans la tête de ses ennemis avec une précision meurtrière, et Dorian faisait pleuvoir des boules de feu explosives sur ses adversaires. Aelia put se frayer un chemin sans mal jusqu'à l'entrée de la Tour. C'est alors qu'un autre groupe en sortit pour venir en renfort, et la Messagère d'Andrasté se figea sur place. Parmi les templiers rouges, elle reconnut Julian Trevelyan, qui, l'ayant aperçut, pointait son épée droit vers elle.
« Toi... » Gronda-t-il, le regard embrumé de colère.
Iron Bull, Sera et Dorian avaient tout de suite compris de qui il s'agissait. Ils éliminèrent tout les autres dans un combat acharné, protégeant l'inquisitrice qui demeurait paralysée. Ce ne fut pas aussi facile qu'ils l'auraient voulu, car ils s'efforçaient de ne pas blesser Julian tout en parant ses coups, et en affrontant ses camarades templiers. Lorsqu'il remarqua l'immobilité d'Aelia, le mage tévintide se rapprocha d'elle du mieux qu'il put, et dressa une barrière magique autour d'eux. 
« Inquisitrice ! » Appela Dorian.
En entendant le cri désespéré de son meilleur ami, Aelia sursauta. Voyant la situation, elle se ressaisit et se concentra. Étant spécialiste de la magie électrique, elle fit tournoyer son bâton au dessus de sa tête pour le charger, avant de l'abaisser au sol. La foudre conductrice se propagea à tous les templiers en les électrocutant, permettant à ses compagnons d'en profiter pour les tuer. Ils tombaient les uns après les autres, morts.
     
     Horrifié, Julian se retrouva seul face aux membres de l'Inquisition. Il garda une distance raisonnable, se protégeant derrière son bouclier, tous ses muscles tendus, prêt à agir. Désemparée, Aelia ne savait pas trop quoi dire ni quoi faire. Elle n'était pas préparée à ce moment. Elle posa son regard sur Julian et l'examina attentivement. Son frère avait les mêmes cheveux roux flamboyants, les mêmes iris vert émeraude, les même traits affirmés que dans son souvenir. Mais il était complètement différent : impossible de faire abstraction de la pâleur maladive de son frère, de ses yeux injectés de sang, et de ses veines rougeoyantes qui striaient sa peau. Julian était bel et bien un templier rouge, au grand désespoir de sa sœur. Comment devait-elle réagir ? Il lui fallait d'abord comprendre.
« Julian... » Commença-t-elle.
Mais ce dernier ne lui laissa pas le temps de continuer. Son visage exprimait le dégoût.
« Ne me parle pas ! Comment oses-tu... Comment peux-tu venir te présenter devant moi, sale monstre !? » Cracha-t-il d'une voix rocailleuse.
Aelia en eut le souffle coupé. Elle savait que ce serait difficile. Malgré tout, elle ne s'attendait pas à un tel déferlement de colère. Elle avait l'impression de recevoir des coups de poignard à chaque mot que lui lançait son grand frère.
« Je vais te tuer. C'est tout ce que tu mérites. Surtout après que tes chiens de compagnie aient massacré mes frères d'armes ! »
« Eh oh, de quel droit... »
L'inquisitrice fit taire Iron Bull d'un geste de la main. Elle ne voulait pas qu'ils s'en mêlent. Ses compagnons respectèrent sa décision. Cependant, ils scrutaient chaque mouvements de Julian, prêt à défendre leur amie si cela dégénérait ; et ils se doutaient bien que cela allait mal finir.
« Dis-moi ce qu'il t'est arrivé, Julian. Je ne peux pas croire que tu sois devenu un templier rouge de ton plein gré ! » Implora le chef de l'Inquisition.
Julian ricana.
« Tu ne peux pas comprendre. La Messagère d'Andrasté, sérieusement ? Ce titre me donne envie de vomir ! Savent-ils, Aelia ? Savent-ils qui tu es réellement ? L'as-tu, ne serait-ce qu'avoué, à tes compagnons ? »
L'inquisitrice baissa la tête, mortifiée. Elle savait parfaitement de quoi il parlait. Mais ce n'était pas le sujet, et elle ne devait pas se laisser distraire de son but : elle devait apprendre les motivations de son frère. 
« C'était un accident, Julian. Mais ça n'explique pas ce que tu es devenu. » Rétorqua-t-elle.
Son grand frère resta bouche bée. Il reprit vite ses esprits.
« Un accident... Espèce de... Tu n'as pas le droit... Toi, je vais... » S'étouffa Julian, les yeux animés par la rage.
     Personne ne le vit venir, malgré qu'ils soient sur leurs gardes. Julian fonça si rapidement qu'il était trop tard pour réagir. Il esquiva sans peine le coup que tenta de lui porter le géant mercenaire, parant de son bouclier le sort de Dorian et la flèche de Sera ; tant et si bien qu'Aelia, prise au dépourvu par la haine que lui portait son frère, resta inerte. Alors, Julian lui donna un coup d'épée : la lame effilée s'enfonça profondément dans la chair de l'inquisitrice. Les genoux de la Messagère flanchèrent. Elle s'effondra au sol, le sang coulant de l'entaille infligée par son propre frère. Le froid glacial atténuait ses sensations, mais la douleur était si forte qu'Aelia voulait mourir tout de suite. Elle entendait un hurlement déchirant lui vriller les tympans, pendant que sa vue se troublait.
Mon propre frère. Un templier rouge.
La neige n'était plus qu'une vaste étendue pourpre. Son sang se mélangeait à celui des templiers morts. Elle allait les rejoindre. Tuée par son propre frère. C'était ainsi. Tout rentrait en ordre. Julian avait raison : elle le méritait. Le noir avait remplacé le rouge. La douleur s'estompait peu à peu. Aelia se sentit bercée par le froid. Le hurlement s'était tut. Remplacé par des murmures. Des chuchotements. Puis, le silence.
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Salutations!

Je posterais la suite à partir de demain.  :D

N'hésitez pas à émettre des critiques constructives sur mon style d'écriture, etc... J'aimerais vraiment pouvoir m'améliorer.

Bon dimanche!
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          Chapitre 3 : Qui se repent

     L'obscurité. Une pensée... Cullen. Le revoir. Toujours. Il disparaît. L'image farouche d'un frère empreint de rouge. Du feu. Des cris. Non ! Pardon ! Un regard doux, celui du commandant. Apaisement. Des pensées ? Non. La mort. Il le faut ! Punition. Colère. Du feu. Des cris. Qu'ils se taisent. Pardon.
     Je suis tellement désolée.
De la chaleur dans une main. Dans l'autre, les nerfs à vifs. L'Ancre. Encore là, même dans la mort ? Ce n'est pas de la chaleur, mais de la douceur. Et de la fermeté. Une main qui serre. La lumière filtre au travers des paupières. Vivante ? Une douleur. Aiguë. Incapacitante. Ça fait mal. Que ça s'arrête... Pitié, que ça s'arrête ! Pardon pour le feu ! Faites taire ces cris !
« Non, pardon pitié, je suis désolée... Désolée ! Pardonnez-moi... » Sanglotait Aelia.
« Ma dame ?! » Appela une voix qui semblait lointaine. Familière... Celle de Cullen !
L'inquisitrice ouvrit les yeux. Et les ferma aussitôt : la lumière du soleil lui brûlait les pupilles.
« Enfin ! » S'exclama l'ancien templier avec soulagement.
Aelia entrouvrit les paupières doucement, pour s'habituer peu à peu à la luminosité de la pièce. Elle reconnut les murs de sa chambre. Elle était donc de retour au siège de l'Inquisition. Elle tourna légèrement la tête vers l'homme assis à son chevet. Celui-ci essuya avec son index les larmes qui perlaient sur les joues de l'inquisitrice. Elle était confuse. Depuis quand était-elle à Fort Céleste ? Elle essaya de se rappeler ce qu'elle faisait. Le souvenir d'un paysage enneigé lui revint. L'Emprise du Lion. Et la Tour d'Os. Elle se remémora les paroles cinglantes de son frère, devenu templier rouge. Julian !
« Mon frère... ! » S'alarma la mage aux cheveux de feu.
Elle se redressa, mais retomba sur ses oreillers dans un gémissement plaintif. Ne comprenant pas, elle souleva les draps pour examiner ce qui la faisait souffrir. Son ventre était dénudé. Dessus était appliqué un cataplasme curatif à base d'elfidée. Cullen posa la main sur son bras, en exerçant une légère pression.
« Vous ne devez pas bouger, inquisitrice. Votre blessure n'est pas encore tout-à-fait cicatrisée. » Informa-t-il.
« Quoi ? Mais qu'est-ce que je fais là ? Je dois m'occuper de mon frère. C'est ma faute. » Dit-elle, le regard dans le vague.
Cullen secoua la tête. Elle étudia plus attentivement son visage. Ses yeux étaient cerclés de noir, signe qu'il n'avait pas beaucoup dormi, et il était plus pâle que d'habitude.
« Vous avez été gravement blessée. C'est un miracle que vous soyez encore en vie. Enfin, c'était de l'inconscience ! S'emporta le commandant. Vous êtes partie sans prévenir qui que ce soit ! Et vos compagnons reviennent avec vous dans un sale état, couverte de sang. Que se serait-il passée si vous étiez morte ?! »
Il se leva et se mit à faire les cent pas, en se frottant la nuque, furieux. Aelia comprit qu'il parlait des failles : ils avaient besoin d'elle, enfin, de l'Ancre, pour les refermer. Et Corypheus courait toujours. Cela irritait la jeune femme : l'inquiétude du commandant n'était donc dû qu'à un intérêt purement professionnel ? Pourtant, il se prit la tête dans les mains, et lui tourna le dos.
« Je n'ose imaginer... Je ne peux pas imaginer un monde sans vous. C'est impossible. » Murmura-t-il à voix basse.
Aelia garda le silence, prenant conscience de ce que ces mots pouvaient impliquer. Son cœur se réchauffa, et elle parvint à se détendre. Cullen baissa les bras, et redressa la tête, mais il ne se retourna pas.
« Excusez-moi, inquisitrice, je n'aurais pas dû vous parler ainsi. Je vous laisse vous reposer. » Prit-il congé.
« Non attendez ! Interrompit Aelia. Depuis combien de temps suis-je ici ? Je ne me rappelle pas... »
Cullen s'avança vers l'escalier d'un pas lent.
« Cela fait trois jours que vous êtes rentrée. Au total, vous étiez absente de Fort Céleste durant cinq jours. Dorian m'a raconté ce qu'il s'est passé... Inquisitrice, sans lui, vous ne seriez plus de ce monde. Que le Créateur vous garde. Vous avez d'excellents compagnons. » Répondit le commandant alors qu'il descendait les marches.
La jeune femme entendit la porte s'ouvrir et se refermer, puis les pas de celui qui faisait battre son cœur s'éloigner. Elle voulait réfléchir, mais elle sombra dans le sommeil, éreintée.

     Le lendemain, Aelia se sentait beaucoup mieux. Elle avait pu avaler un petit déjeuner, et avait même réussi à se redresser. Les soins des guérisseurs se révélaient efficaces. Mais elle devait souvent boire des infusions d'elfidée pour calmer la douleur que lui causait sa blessure. Dorian vint lui rendre visite au milieu de l'après-midi. Le Tévintide paraissait toujours aussi vaniteux qu'à l'ordinaire, mais l'inquisitrice avait bien remarqué son regard angoissé sous le masque qu'il s'efforçait de porter. Dorian s'assit sur la chaise de bois inconfortable à côté du lit.
« Eh bien, vous nous avez fait peur ! Mais pas autant que Cullen. Je suis sûr qu'il voulait me tuer dès qu'il nous a vu revenir avec vous, dans l'état où vous étiez. Je vous assure, il était prêt à sortir son épée de son fourreau pour trancher ma belle tête. » Raconta Dorian, en prenant une voix dramatique.
La miraculée éclata de rire, ce qui lui déclencha une vive douleur ventrale. Quand elle se fut calmée, elle lui demanda en détails ce qu'elle avait manqué. Le mage caressa sa fine moustache, tandis que son regard se perdait dans le vide.
« Quand votre frère vous a blessé, j'ai bien crû que tout était terminé. Bull et Sera se sont interposé pour vous protéger. De mon côté, je me suis précipité vers vous. Vous perdiez tellement de sang... J'ai usé de toutes mes connaissances magiques pour vous maintenir en vie. Et pendant ce temps, votre salaud de frère a préféré s'enfuir ! Grogna-t-il. Bull voulait se lancer à sa poursuite, mais je lui ai dis qu'on devait vous ramener immédiatement à Fort Céleste. Il vous a porté dans ses bras tout le long du voyage. Les chevaux étaient presque morts de fatigue quand on est rentrés, Dennet a failli faire une syncope. Solas a pris le relais ; ça me fait mal de l'admettre, mais il est plus doué que moi en magie de guérison. Je ne comprends pas, vous auriez dû mourir... Même avec les soins. Comment se fait-elle appeler déjà ? Ah oui, la chirurgienne. Elle est restée de longues heures pour vous soigner. Finalement, vous étiez sortie d'affaire, après quelques jours d'angoisse. Vous vous êtes mise à délirer pendant votre inconscience. Vous parliez d'un incendie, et vous demandiez sans cesse pardon... Cullen venait le soir pour vous tenir compagnie. Il restait toute la nuit, et le lendemain matin, il retournait dans son bureau. Quant à Sera, Bull et moi-même, vos conseillers nous ont passé un sacré savon. Cassandra m'a donné un bon coup de poing, mais les deux autres ne se sont pas laissés faire, les traîtres. Autant vous prévenir tout de suite, nous ne savons pas ce qu'il est advenu de votre frère. »
Quand Dorian eut terminé son récit, il se leva pour délasser ses jambes. Aelia n'arrivait pas à croire tout ce qu'il avait dit. Comment son frère en était-il arrivé là ? Et le comportement de Cullen... Elle ne savait plus où elle en était.
« Aelia ? Vous pourrez toujours compter sur moi. Vous le savez, n'est-ce pas ? » Lança Dorian, en regardant son amie droit dans les yeux.
Celle-ci lui adressa un sourire réconfortant. Dorian le lui rendit, puis lui annonça qu'il la laissait se reposer. Il quitta la chambre, laissant l'inquisitrice seule avec elle-même. Le balcon était ouvert, laissant l'air frais de la montagne aérer la pièce. Le soleil brillait de mille feux dans le ciel azur. Aelia entendait de l'agitation au-dehors : des épées et des boucliers qui s'entrechoquent, le bruit des sabots martelant les dalles de pierre, et elle pouvait même distinguer le chant de la barde Maryden au milieu des éclats de voix. La vie animée du fort la rassurait. Savoir que tous comptaient sur elle, que leurs vies étaient entre ses mains lui pesait lourd sur ses épaules. Mais c'était un gage de confiance qui lui donnait de la force. Et le Créateur savait qu'elle en aurait besoin pour régler le problème de son frère.

     Quelques jours plus tard, Aelia Trevelyan put enfin sortir de ses quartiers. Sa blessure avait cicatrisé grâce aux bons soins des guérisseurs. Elle pouvait maintenant marcher, mais elle allait devoir attendre encore un peu avant de pouvoir courir la campagne si elle ne voulait pas rouvrir la plaie.
« Bordel, il vous en arrive des choses... Et c'est loin d'être fini, pas vrai ? » Répétait Varric lors du repas du soir.
La jeune femme y assistait pour la première fois depuis son départ à l'Emprise du Lion. Tout le monde était présent, même le commandant, qui avait la mine renfrognée (ses admiratrices continuaient de glousser comme des poules devant un coq en l'admirant).
« Si ça vous dit, ô inquisitrice, on pourrait aller faire... » Commença Sera en chuchotant.
Léliana la foudroya du regard en tapant du poing sur la table de bois.
« Sera, non ! »
L'elfe farceuse en resta abasourdie. Tout le long du dîner, elle s'évertua à comprendre comment la maître-espionne avait deviné ses intentions, ce qui faisait rire Aelia. Être au milieu de ses amis lui faisait un bien fou. Elle ne put s'empêcher de se demander si Julian aussi était entouré de personnes qu'il appréciait. Si c'était le cas, ils étaient probablement eux-mêmes templiers rouges...
« Hé, ça va ? » Demanda Dorian qui avait remarqué l'air devenu distrait de son amie.
Cette dernière hocha la tête. Mais au fond, elle ressentait soudainement le besoin de s'isoler. Son regard croisa alors celui de l'ancien templier, qui l'observait avec insistance. Il détourna les yeux aussitôt, ce qui déclencha un sourire chez l'inquisitrice. Ses compagnons lui racontèrent les dernières nouvelles à Fort Céleste, et quelques dignitaires se mêlèrent à la conversation pour discuter de l'actualité d'Orlaïs et de Férelden.
     
     Plus tard dans la soirée, la Messagère d'Andrasté sortit de table et se dirigea vers la sortie. Son frère hantait ses pensées, aussi décida-t-elle d'aller prendre l'air. Elle prit son temps pour monter les escaliers menant aux remparts près du bureau de Cullen. De là, elle pouvait voir à des kilomètres. La lueur de la lune se reflétait sur la neige. Au pied de Fort Céleste se dessinait des centaines de tentes près desquelles étaient allumés des brasiers. Aelia disposait de toute une armée accomplie. Des soldats qui se dévouaient corps et âme pour une cause juste : celle de rétablir l'ordre et la paix dans le monde. Les templiers rouges et la secte Venatori, eux, se battaient pour un antique magister responsable de l'Enclin... La femme rousse se souvenait de son frère lorsqu'ils étaient encore enfants. Il gambadait dans les allées de leur manoir, plein de vitalité, débordant de joie. Il s'amusait à courir après ses deux sœurs pour les attraper, et s'exclamait de bonheur quand il en touchait une. Quand elle ou sa petite sœur, Judith, se blessait en tombant, il était le premier à se précipiter. Julian était toujours volontaire pour aider quiconque était dans le besoin. Il se souciait des autres bien plus que de lui-même. Mais leurs parents avaient choisi de l'envoyer dans l'Ordre des Templiers. Le garçon était furieux : il ne voulait pas passer sa vie dans un Cercle à surveiller de potentielles abominations, avait-il déclaré. Aelia, fatiguée de rester debout, s'assit par terre en s'adossant au rempart. Son frère avait toujours détesté les mages : c'était de famille. Les Trevelyan étaient des nobles très pieux. « La magie doit servir l'Homme, et non l'asservir. » Elle fronça les sourcils. Cette phrase avait tant servi d'excuse pour malmener les mages, les traiter comme des parias...
     « Vous êtes là. »
Aelia sursauta. Elle n'avait pas entendu le commandant arriver. Celui-ci vint s'asseoir près de l'inquisitrice.
« Vous avez l'air pensive. » Fit-il remarquer d'une voix douce.
« Je songeais à mon frère. »
Cullen s'agita, la mine désolé.
« Je vous dérange ? »
« Non, pas du tout. » Répondit-elle.
Ils restèrent silencieux et immobiles, écoutant les rires provenant de la taverne et le chant du vent soufflant sur le fort. La présence de Cullen détendait la jeune femme. Elle se sentait en sécurité auprès de lui. Mais lui, l'était-il ? Aelia se remémora ce qu'avait dit Julian : « Savent-ils qui tu es réellement ? L'as-tu, ne serait-ce qu'avoué, à tes compagnons ? » Un frisson d'effroi lui parcourut l'échine.
« Vous avez froid ? » Interrogea l'ancien templier.
« Non. C'est juste... Aelia soupira en cherchant ses mots. Je dois vous avouer quelque chose, Cullen. »
Ce dernier, déconcerté, lui laissa la parole. L'inquisitrice prit son inspiration, décidée à lui raconter la vérité. Elle ne voulait rien lui cacher. Mais elle connaissait vaguement le passif de Cullen avec les mages, aussi redoutait-elle sa réaction. Allait-il la repousser ? Sûrement, et il aurait raison de le faire. Néanmoins, il devait savoir.
« Il y a une raison au fait que mes parents refusent de me parler. Le fait que je sois mage en est la cause, mais c'est plus compliqué que cela. Lorsque j'étais petite, je faisais des rêves étranges. Des cauchemars. Père et mère n'ont pas voulu s'en inquiéter outre mesure, pensant que ça me passerait. A cette époque, je partageais ma chambre avec ma petite sœur, Judith. Et une nuit, alors que je me réveillais en sursaut, ma sœur m'a dit de me calmer, car je l'empêchais de dormir. Elle ne pensait pas à mal, c'est juste qu'elle était fatiguée. Ce n'était qu'une enfant. Mais moi, ça m'a mise en colère. Je lui ai dis qu'elle ne pensait qu'à elle, qu'elle n'était qu'une peste égoïste. Elle s'est réfugiée sous sa couverture en me disant que j'étais méchante. Et... ses draps se sont enflammés. Je ne me suis pas rendue compte tout de suite de ce qu'il se passait. Elle hurlait. Je me suis mise à avoir peur, je voulais que le feu s'arrête, mais au lieu de ça, il s'est propagé : toute la chambre était en feu. Je me suis enfuie, en laissant ma petite sœur derrière moi. Mes deux grands frères sont arrivés avec mes parents. Edgar et mon père se sont précipités pour la secourir, mais il était trop tard ; le feu était trop puissant, ils ne pouvaient pas passer. Les cris de Judith ont fini par s'arrêter. Et le feu aussi. D'un coup... Mes parents et mes frères sont entrés. Ma sœur... elle était morte. Brûlée vive. Je l'avais tué. C'est à la suite de ça que j'ai été envoyée au Cercle. Cullen, je... J'ai tué ma petite sœur. Et ça me ronge chaque jour. Je m'en veux, ma famille aussi. Julian a raison, je ne suis qu'un monstre... »
La gorge d'Aelia se serra. Elle ne pouvait plus ajouter un mot de plus. Elle ne pouvait pas non plus dévisager le commandant. Elle se releva, prête à partir. Pourtant, contrairement à ce qu'elle s'attendait, il ne la repoussa pas. Il s'approcha d'elle et lui prit le menton, l'obligeant à le contempler dans les yeux.
« Vous n'étiez qu'une enfant. Vous n'êtes pas la première à qui ce genre de chose est arrivée. Et si vos parents avaient fait preuve de plus de prudence au lieu de fermer les yeux, ça ne se serait jamais produit. Dit-il avec douceur. Avant... Avant, je vous aurais prise pour une abomination. Mais je ne suis plus comme ça. Vous avez prouvé à tout le monde que vous êtes une personne admirable, pleine d'empathie. Vous vous battez contre le chaos de ce monde en espérant le rendre meilleur. Vous avez sauvé des centaines de vies, et vous avez gagné le respect de milliers de gens. Ce n'est pas un mauvais mage qui aurait pu y parvenir. Aujourd'hui, vous êtes quelqu'un de bien. »
Aelia n'en revenait pas. Un flot de larmes inonda ses joues. Elle avait toujours pensé qu'elle méritait tout ce qu'il lui arrivait, qu'elle payait le prix de sa colère meurtrière et puérile, et qu'un jour elle finirait par en mourir. Et voilà que l'homme qu'elle aimait lui montrait qu'elle était plus que cela. Elle était l'Élue, la Messagère d'Andrasté, elle agissait selon la volonté du Créateur. Cela aurait pu être n'importe qui d'autre, cependant c'est elle qui s'était trouvé au bon endroit au bon moment pour interférer dans les sombres desseins de Corypheus. C'est elle qui avait reçu l'Ancre, la clé lui permettant de refermer la Brèche et les failles de l'immatériel. Si le commandant le pensait toujours même après avoir appris la vérité, s'il ne la rejetait pas malgré son statut de mage, alors Aelia prit une décision qui allait bouleverser son existence.
     Cullen lâcha la jeune femme, et s'éloigna de quelques pas, embarrassé.
« Je ne vous laisserai pas tomber, inquisitrice, vous avez ma parole. » Jura-t-il.
Aelia sécha ses larmes, le visage éclairé par un large sourire. Elle lui souhaita bonne nuit avant de repartir vers ses quartiers en passant par le bureau de Solas.
"Nous sommes tous frères sous la peau, et j'aimerais écorcher l'humanité pour le prouver."
-Ayn Rand-

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          Chapitre 4 : Bénis soient les vertueux

     La matinée était déjà bien avancée lorsque l'inquisitrice se rendit au conseil de guerre. Au moment où les conseillers se placèrent autour de la table d'état-major, Aelia croisa le regard de Cullen, ce qui les firent tous deux rougir.
« Inquisitrice, nous... » Commença l'ancien templier.
« Nous attendions votre arrivée avec impatience. Interrompit Léliana, avec un mystérieux sourire et les yeux pétillants de malice. Certains plus que d'autres... »
Cullen se renfrogna.
     Après avoir passé plusieurs heures à son bureau à lire les rapports sur les opérations effectuées de ces derniers jours, elle donnait maintenant les instructions à suivre avec une certaine lassitude. La matinée avait été longue, aussi avait-elle hâte d'en finir. Ses conseillers acceptaient les ordres, soulagés de voir leur chef en forme. Joséphine en profita pour prendre la parole au sujet de lettres reçues de la part d'illustres familles orlésiennes.
« J'ai reçu plusieurs demandes de nobles concernant la lignée de Cullen. »
Ce dernier leva les yeux au ciel.
« Que le Créateur me garde... Utilisez-les pour faire du feu! »
C'était sans compter sur l'intervention de la maître-espionne :
« Non, transmettez-les moi. Je veux savoir qui s'intéresse à notre commandant. Cela pourrait nous être utile. »
« Je...! Je ne suis pas un appât! » S'offusqua le commandant aux cheveux impeccables.
« Chhhhhhut... Taisez-vous et restez beau. » Intima Léliana.
Aelia haussa les sourcils. Cette information l'irritait au plus haut point.
     
     Lorsqu'ils sortirent, elle se rendit à la taverne pour demander une boisson fraîche et manger en compagnie de Sera, Blackwall, Iron Bull et la Charge. Ils rigolèrent sur les manières futiles des nobles orlésiens, les peigne-culs à l'ego surdimensionné, et s'échangèrent des vannes tantôt sur les barbes, tantôt sur les roux... Quand ils eurent finis de manger, Aelia prit congé. Son regard se posa machinalement sur la tour où se trouvait probablement Cullen. Elle décida qu'elle ne voulait pas attendre davantage. Elle souhaitait lui faire part de ses sentiments. Elle monta les marches jusqu'au sommet et toqua à la porte. Comme elle s'y attendait, le commandant était présent. Il l'invita à entrer. Aelia demanda à lui parler, seule à seul. Il accepta et ils quittèrent tous les deux la pièce. Cullen se caressa la nuque, quelque peu mal à l'aise.
« C'est une belle journée. » Dit-il avec hésitation.
« Pardon ? » Demanda Aelia en s'arrêtant, interloquée.
« Je disais... Peu importe. Vous vouliez me parler de quelque chose ? »
L'inquisitrice plongea son regard dans les yeux mordorés du commandant. Elle se lança.
« Cullen, j'ai des sentiments pour vous, et... »
Elle poussa un long soupir de découragement. Sa nature l'inquiétait, et elle savait qu'il s'agissait d'un point sensible chez le commandant. Cependant, ce dernier l'encouragea à poursuivre.
« Qu'y a-t-il ? »
« Je suis une mage. Après tout ce qu'on a vécu ensemble, vous ne voyez pas autre chose en moi ? »
Cullen fronça les sourcils.
« Je pourrais. Je veux dire, oui... Je pense à vous. Et à ce que je devrais dire dans ce genre de situation. » Poursuivit-il en posant une main sur sa tête.
Il se tourna vers les remparts, suivit par l'inquisitrice qui ne cessait de l'observer.
« Qu'est-ce qui vous freine ? » Interrogea-t-elle.
« Vous êtes l'inquisitrice. Nous sommes en guerre. Et... Vous ne m'avez pas toujours vu sous mon meilleur jour. » Répondit-il.
Aelia fut surprise. Bien sûr, Cullen était un homme droit et respectueux de la hiérarchie. La référence à son ancienne dépendance au lyrium n'échappa pas à la jeune femme. Elle l'avait aidé à passer outre, à s'en libérer. Mais il avait fait preuve de beaucoup de détermination et de courage, et elle l'admirait pour cela. Elle le rassura aussitôt :
« Et pourtant je suis encore là. »
Cullen leva les yeux vers elle et la dévisagea intensément, en se rapprochant d'elle, un léger sourire flottant sur ses lèvres. Il posa ses mains sur les remparts de part et d'autre de l'inquisitrice.
« Effectivement... Je n'arrive pas à y croire. Mais j'ai envie... »
Il ferma les yeux en penchant la tête pour...
« Commandant ! » Interrompit un agent de l'Inquisition.
Cullen releva la tête, sentant la colère monter. Aelia se tortilla sur ses jambes, gênée par la situation. Le messager gardait les yeux rivés sur un parchemin, qu'il tendait vers l'ancien templier.
« Vous vouliez un exemplaire du rapport de sœur Léliana. »
Le commandant se tourna vers lui, prêt à exploser.
« Quoi ? » Aboya-t-il, furieux.
Toutefois, l'agent n'en tint pas compte.
« Le rapport de sœur Léliana. Vous le vouliez dans les plus brefs délais. »
Cullen le toisa d'un regard noir. Le pauvre homme comprit qu'il venait de commettre une erreur lorsqu'il posa les yeux tour à tour sur le commandant et l'inquisitrice.
« Ou... dans votre bureau.... oui... » Ajouta-t-il en reculant.
Cullen lui fit un bref signe de tête, mécontent. Aelia, de son côté, ne savait plus où se mettre.
« Si vous avez besoin de... »
Mais l'homme aux cheveux blonds la coupa net en l'embrassant fougueusement. Tout d'abord surprise, Aelia, ravie, finit par lui rendre son baiser.
« Excusez-moi... C'était... Hum... Agréable. » Souffla-t-il.
« Vous ne regrettez pas quand même ? » Questionna la jeune mage.
« Non ! Non, pas du tout. » Réfuta Cullen en arborant un sourire.
Il l'embrassa à nouveau passionnément sur le haut des remparts de Fort Céleste, heureux que leurs sentiments soient partagés.

     La rumeur de la relation entre le commandant et l'inquisitrice se propagea plus vite qu'une traînée de poudre. Les dignitaires faisaient des commentaires peu flatteurs sur un intérêt purement stratégique que pouvait porter la Messagère d'Andrasté envers le chef des armées. Aelia ne s'en formalisait pas, même si c'était assez désagréable. Rien ne pouvait nuire à son bonheur, pas même Corypheus ! Ou presque. Son répit ne fut que de courte durée. Alors qu'elle se trouvait à une table en compagnie de ses amis à étudier une carte de la région des Tombes Émeraudes, Léliana vint à la rencontre de l'inquisitrice. Elle se fit une place entre Aelia et Cassandra, et posa un rouleau de parchemin humide.
« Inquisitrice, ça vient tout juste d'arriver. On a retrouvé Julian Trevelyan. » Prévint-elle.
La Messagère se raidit sur le banc en bois. Peu à peu, ses compagnons se turent. Elle prit le parchemin et le déroula. Ses pupilles en parcoururent les lignes rapidement. Quand elle eut finit sa lecture, elle rendit le rapport à sa conseillère.
« Merci Léliana. » Dit-elle simplement.
Elle reporta son attention sur la carte étalée devant elle. Le Rossignol croisa les bras, refusant de faire comme si de rien n'était.
« Vous allez y aller, n'est-ce pas ? »
Aelia leva la main négligemment.
« Non. Il a fait son choix. Je ne peux plus rien pour lui. » Lança-t-elle d'une voix tranchante.
Mais Léliana ne se laissa pas démonter pour autant.
« J'ai besoin de m'assurer que vous n'allez pas... » Insista-t-elle.
L'inquisitrice se leva brutalement ;  un verre de vin se renversa et roula jusqu'au sol, son contenu se déversant sur la table. Elle enjamba le banc et entreprit de s'éloigner. Léliana voulu la suivre, mais Aelia lui jeta un regard sombre, tant et si bien que la maître-espionne battit en retraite. La jeune mage se dirigea vers l'entrée de Fort Céleste. Les gardes la laissèrent passer, et elle se faufila dehors. Elle contourna les tentes des soldats, désireuse de s'isoler. Il avait beau faire froid, l'inquisitrice n'en avait cure : elle était trop en colère. Et elle avait besoin de se défouler.
     Quand elle arriva dans un lieu suffisamment à l'écart, elle s'adossa à un rocher. Ses jambes s'enfonçaient dans la neige jusqu'aux genoux. Elle fit apparaître des flammes magiques autour d'elle pour se réchauffer. Elle n'aimait guère manipuler du feu. Cela lui rappelait ce qu'elle avait fait. Mais c'était un accident... Les mots de Cullen l'avait apaisé. Néanmoins, elle ne pouvait pas ignorer la situation de son frère. Ce qu'il s'était produit n'expliquait pas le revirement de Julian. Il avait tenté de l'assassiner. Contrairement à elle, il était adulte... C'était un geste purement haineux, guidé par la rage. Il n'avait plus rien à voir avec le garçon emplit de bonté qu'elle avait connu. Il n'était plus qu'un templier rouge. Un homme corrompu par Corypheus...
« AAAAAAAAAAAAH ! » Hurla-t-elle, pleine de rage.
Des éclairs crépitèrent autour d'elle. Son ennemi juré devait payer pour tous ses crimes !
« Tu l'as tué ? C'est toi qui as fait ça ! Meurtrière, abomination ! » avait hurlé Julian à la mort de Judith.
Aelia se prit la tête dans les mains. Elle ne voulait pas y repenser. Elle se rappela les enseignement du commandant Helaine. Elle grimpa sur le rocher pour s'y asseoir en tailleur. Elle ferma les yeux en inspirant profondément, se forçant à se vider l'esprit de toute pensée négative. Peu à peu, elle retrouva son calme. Les exercices de méditation que lui avait apprit Helaine lui permettait de garder le contrôle sur son mental.
     Après quelques minutes à méditer, Aelia se releva et se laissa glisser jusqu'à ce que ses pieds touchent le sol. Elle tendit son bras gauche et se concentra ; la garde de son épée spirituelle apparut dans sa main, puis la lame se matérialisa. L'inquisitrice tournoya gracieusement, manipulant l'arme magique avec élégance. Chaque pas, chaque mouvement était dépourvu de futilité et d'hésitation. Elle usait de la magie des chevaliers-enchanteurs, une magie qui faisait d'eux des maîtres sur le champ de bataille. La Messagère d'Andrasté ne pouvait pas se laisser parasiter par des songes néfastes qui lui troublaient l'esprit. Tandis qu'elle gardait les yeux fermés, elle prit conscience de tout ce qui l'entourait. La neige qui s'affaissait sous ses bottes. Le souffle d'air glacé de la montagne. Les éclats de voix des soldats qu'elle entendait au loin. Le cliquetis des armures. Le hennissement des chevaux. Le croassement des corbeaux. Le toucher de la garde spirituelle dans sa main gauche, là où se trouvait l'Ancre. Aelia rouvrit les yeux. C'est alors qu'elle vit Cullen, qui marchait à sa rencontre. Elle s'immobilisa et fit disparaître son épée magique.
« Je vous ai vue partir... Léliana m'a avertit de ce qu'il s'était passé. Je suis venu vous rejoindre. » S'expliqua-t-il en enlaçant sa bien-aimée.
Aelia le rassura en lui disant qu'elle avait juste éprouvé le besoin de s'isoler un peu.
« Que comptez-vous faire ? » Demanda-t-il.
L'inquisitrice réfléchit à la question. Elle avait d'abord préféré ne pas réagir. Mais le fait était là : son frère se trouvait aux Tombes Émeraudes. Et elle devait justement s'y rendre, ayant reçu des rapports sur une activité suspecte des templiers rouges au Pavillon du Lion. De plus, elle ne pouvait pas laisser sciemment de côté le problème que représentait Julian.
« Je ne peux pas rester indifférente à cela. Il est temps que nous mettions les choses au clair, mon frère et moi, que nous réglions nos différends. Mais cette fois, je ne me laisserais pas surprendre. » se résout-elle.
« Alors je vous accompagnerais. »
Aelia échangea un long regard amoureux avec son amant. Mère Giselle avait raison : elle pouvait compter sur son entourage. L'inquisitrice et le commandant rentrèrent à Fort Céleste main dans la main. Quoi qu'il advienne, quels que soient les dangers, la Messagère d'Andrasté ne serait plus jamais seule.
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          Chapitre 5 : Le péché aux cieux

     La région des Tombes Émeraudes portait tristement bien son nom. Des milliers d'arbres imposants s'étendaient à perte de vue. Chacun d'eux représentait, selon la légende, un elfe mort au combat. Il fallait être vigilant, ou l'on avait tôt fait de se prendre les pieds dans une grosse racine noueuse. Le feuillage épais de la végétation filtrait la lumière, tant et si bien qu'il faisait assez sombre par endroit. Le calme ambiant était parfois troublé par le piaillement des oiseaux ou la course des béliers augustes. Mais si l'on tendait l'oreille, on pouvait aussi entendre le rugissement lointain d'un dragon-sire.
« Chef, je vous adore : vous m'emmenez toujours là où il y a un dragon ! » S'extasia Iron Bull.
L'inquisitrice s'était rendue aux Tombes Émeraudes avec ses plus fidèles compagnons : Dorian, Sera et le grand amateur de dragons, Iron Bull.
« La rune tueuse de dragons, avec laquelle Dagna a enchanté votre arme, pourrait nous être utile si l'on croise sa route. » Lui dit-elle, amusée par son enthousiasme.
Aelia ne regrettait pas sa décision d'avoir rassemblé son équipe, d'autant plus s'ils risquaient d'affronter un dragon-sire. Leur férocité était sans pareille, aussi était-il avantageux d'avoir un combattant aguerri n'ayant pas froid aux yeux face à l'un d'eux. D'autant plus quand le guerrier en question disposait d'une hache à deux mains enchantée par une rune tueuse de dragons !
« J'espère quand même qu'on ne le verra pas. » Soupira Dorian, en regardant partout autour de lui.
« Oh mais si ! Je me sens tellement... vivante quand on en tue un ! » S'exclama Sera, enjouée.
Le Tévintide leva les yeux au ciel. L'archère aux oreilles pointues l'avait déjà dit face à la fameuse Dorsales de givre féreldiennes, mais elle ressentait apparemment l'envie d'en rajouter une couche. Le petit groupe avançait prudemment entre les arbres, à l'affût du moindre danger. Ils avaient déjà croisé plusieurs templiers rouges en chemin, ainsi que quelques géants hagards qui s'étaient montrés agressifs. Mais Aelia n'était pas là pour ça : elle était à la recherche de son frère, qui, d'après le rapport d'un espion de sœur Léliana, se trouvait fort probablement dans la Villa Maurel. Il s'agissait d'une vaste maison à la mode orlésienne : faite de pierre blanche et aux multiples dorures tape-à-l'œil. Que pouvait bien y faire Julian Trevelyan ? L'Inquisition avait entendu parler de contrebande de lyrium rouge dans les Tombes. Il y a quelques semaines, Aelia avait d'ailleurs intercepté plusieurs caravanes dont l'expédition était payée par une ancienne connaissance de Cullen, le général Samson. Son frère était-il mêlé à tout ça ? Elle n'en savait rien ; tout ce qu'elle pouvait faire, c'était émettre des suppositions. Une chose était certaine, il était de son devoir d'arrêter son frère corrompu. Elle avait envoyé une lettre pour informer ses parents de la situation de leur fils. La jeune femme n'avait pas reçu de réponse, mais elle avait prévu le coup en contactant également sa grande-tante Lucille. Selon cette dernière, le bann Trevelyan n'avait plus de nouvelles de Julian depuis l'effondrement des Cercles de Mages. Aelia se mordit la lèvre ; elle aurait dû s'en préoccuper bien plus tôt !
« Votre frère vous inquiète, ma dame ? » Interrogea Cullen en se rapprochant d'elle.
Le commandant avait tenu sa parole ; il accompagnait l'inquisitrice. Ce soutien représentait beaucoup pour elle.
« Oui. Je me disais que j'aurais peut-être pu éviter tout ça si j'avais su dès le début qu'il ne répondait plus au courrier de mes parents. » Lui répondit-elle.
« Vous savez très bien que c'est faux. Vous êtes vous-même une mage, vous aviez vos propres problèmes et vous étiez suffisamment affairée par le Conclave... » La rassura-t-il.
Il avait raison. Aelia était chargée de représenter le Cercle d'Ostwick, aussi s'était-elle longuement préparée pour ce moment. Mais Corypheus avait provoqué l'explosion qui détruisit le saint Temple cinéraire, réduisant momentanément tous leurs espoirs de paix à néant. L'Inquisition avait réussi à la place du Conclave, toutefois la paix ne reviendra véritablement qu'une fois que l'Ancien sera vaincu. Du moins l'espéraient-ils. La Chantrie avait failli, causant le désarroi du peuple. Il faudra encore beaucoup d'effort pour rétablir l'ordre dans le sud de Thédas. Mais chaque chose en son temps. Actuellement, Aelia était déterminée à affronter son frère.

     C'était déjà le milieu de l'après-midi quand le groupe aperçut les contours de la Villa Maurel au loin. L'inquisitrice avait donné des ordres clairs : ils n'interviendraient que lorsqu'elle leur ferait signe.
« C'est à moi de lui parler. Et c'est à moi de le combattre, s'il le faut. » S'était-elle justifiée sous les protestations de ses compagnons.
Seul Cullen avait gardé le silence en acceptant la volonté de sa bien-aimée. Pour autant, il ne comptait pas la laisser se mettre en danger. Il se jura intérieurement de s'opposer à Julian si ce dernier blessait sa sœur. Aelia avait proposé de faire une pause avant d'inspecter le manoir. C'est ainsi que Sera, Iron Bulle et Dorian discutaient en buvant de l'eau et en vérifiant à nouveau leur équipement. Pendant ce temps, Cullen s'entretenait avec l'inquisitrice.
« Vous êtes sûre de vous ? »
Aelia répondit d'un signe affirmatif. Le commandant aux cheveux blonds impeccablement tirés en arrière l'enlaça tendrement. Tandis qu'elle se laissait bercer, ses dernières craintes s'envolèrent.
« Merci d'être présent, Cullen. » Murmura-t-elle avec amour.
« On est censé faire une pause, pas se bécoter ! » Nargua Sera d'une voix tonitruante.
Aelia et Cullen se séparèrent, rouges de honte.
« Eh Dorian, tu veux que je te fasse un câlin ? Peut-être que sentir mes muscles contre ton corps frêle te rassurerait ? » Claironna le qunari, en s'humectant les lèvres.
« Mais quel dadais... » Soupira le noble ténébreux.
Cullen se racla la gorge, peu désireux d'en entendre davantage, alors que Sera et Aelia éclatèrent de rire. Mais ils furent interrompus par un léger séisme semblant provenir de la Villa Maurel.
« C'était quoi ça ? » Se demanda le capitaine de la Charge.
Dorian et Aelia échangèrent un regard, et se comprirent : ils pensaient tous les deux à la même chose.
« Je gagerais sur une invocation ayant mal tournée. » Répondit le mage.
Le commandant fronça les sourcils. Le groupe se remit en route en se hâtant vers la villa majestueuse.

     En arrivant au manoir, Aelia et ses compagnons s'aperçurent que la porte était grande ouverte. Des cris étouffés leur parvenaient. Ils entrèrent à l'intérieur en faisant le moins de bruit possible. Ils n'avaient croisé personne dans les jardins en venant, ce qui signifiait probablement que la plupart des templiers rouges se trouvaient dans le manoir. Le rire caractéristique d'un démon de l'orgueil retentit dans toute la villa. Aelia empoigna son bâton, prête à agir ; ses compagnons l'imitèrent. Ils avancèrent à pas de loup jusqu'à ce qu'ils atteignent une fenêtre donnant sur la cour intérieure. De là, ils virent plusieurs mages venatoris escortés par une dizaine de templiers rouges. Ils encerclaient un démon de taille imposante, à la peau violacée et aux longues cornes luisantes d'un noir de jais. Les mages semblaient tenter de dompter la créature de l'Immatériel, sauf que cette dernière refusait de se laisser faire.
« Et merde, il manquait plus que ça. » Rumina Sera, la mine dégoûtée.
Aelia évalua rapidement la situation : les sorceliens risquaient de poser problème, et s'ils attaquaient, le démon s'en prendrait certainement à tout le monde sans distinction. L'inquisitrice échafauda rapidement une stratégie dont elle fit part à son équipe.
« Ce n'est pas ce qui était prévu ! » Rugit un templier en empoignant l'un des venatori par le col.
« Vous ne nous avez pas donné assez de temps ! » Répliqua le mage en se libérant de son emprise.
L'inquisitrice chercha son frère du regard, en vain. Soit il était ailleurs dans le manoir, soit il n'y était pas du tout. Elle fit signe à son équipe de donner l'assaut au moment où le templier sortit son épée de son fourreau. Elle lança un sort de paralysie sur l'assemblée, tout en sachant pertinemment que ça n'aurait aucun effet sur le démon. Elle laissa ses compagnons se charger des autres pendant qu'elle fonça droit sur le monstre. Pleinement attentive aux moindres gestes du démon, Aelia utilisa ses connaissances de chevalier-enchanteur pour s'entourer de la magie du Voile. Cela exigeait une grande volonté, d'autant plus qu'elle fit apparaître sa lame spirituelle. Le démon frappa dans sa direction avec un fouet d'électricité, mais la Cape de l'Immatériel de l'inquisitrice l'en protégea efficacement. Elle se fondit à l'intérieur du monstre orgueilleux, et enchaîna les coups d'épée, le frappant avec véhémence. Après quelques brèves secondes, la Messagère d'Andrasté se rematérialisa. Le démon fut violemment repoussé hors d'elle. Sous le choc, il posa un genou à terre. Elle profita de la vulnérabilité du démon pour le lacérer de part en part. Il se releva avec difficulté et tendit son énorme bras musclé vers la rouquine, concentrant une boule électrique dans sa main. Elle recula vivement de plusieurs pas. Le démon projeta la sphère sur elle. Avec son épée magique, elle renvoya la charge énergétique contre son lanceur, qui fut touché de plein fouet. Dans un grondement de rage, il s'élança sur l'inquisitrice, qui l'esquiva prestement. Elle plongea alors la lame spirituelle à revers et l'épée s'enfonça dans le dos du monstrueux démon qui poussa un hurlement de douleur. Aelia retira son arme et rendit le coup de grâce : elle planta la lame magique dans la tête du démon de l'orgueil. Vaincu, il s'effondra au sol lourdement. Ses compagnons venaient d'abattre tous les ennemis présents. Aelia surprit le regard admiratif du commandant. 
« Votre frère n'était pas parmi eux, mais il est peut-être plus loin. » Encouragea Dorian.
Son amie acquiesça. Ils se rendirent de l'autre côté de la cour intérieure et ils fouillèrent toutes les pièces restantes, mais ils ne trouvèrent personne. Aelia tomba cependant sur un message écrit de la main de son frère :

     
Curtis prétend qu'il a vu le dragon, il a affirmé qu'il allait s'en débarrasser. Le capitaine lui a dit qu'il ne devait pas s'en approcher.
Sa patrouille devrait être rentrée depuis une heure déjà ! Cet imbécile a dû y aller malgré les ordres.
Je vais le chercher.

Julian
[/i]

Ainsi donc, son templier rouge de frère était parti voler à la rescousse d'un de ses camarades ? Voilà qui ressemblait parfaitement à celui qu'il était enfant.
« Allons-y. » Ordonna l'inquisitrice.
Le groupe quitta la Villa Maurel pour prendre la direction du nord. En son fort intérieur, Aelia se mit à espérer : qui sait, peut-être qu'elle pourrait raisonner son frère... ?
"Nous sommes tous frères sous la peau, et j'aimerais écorcher l'humanité pour le prouver."
-Ayn Rand-

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ViVii

          Chapitre 6 : Dans mon étreinte repose l'éternité

     Le soleil commençait à décliner lorsque l'inquisitrice et ses compagnons arrivèrent à proximité du territoire du dragon. En chemin, ils avaient pu remonter une piste qui menait vraisemblablement à son frère. Au loin, ils repérèrent un petit feu de camp. Ils s'approchèrent aussi discrètement que possible, en se cachant derrière des rochers. Quand ils parvinrent suffisamment près de la patrouille, Aelia put distinguer son frère parmi les quatre templiers, qui s'en prenait à l'un de ses camarades.
« Un dragon ! Ce n'est pas un simple petit gibier, c'est un dragon ! Ce monstre a arraché les jambes d'un de nos frères d'armes qui a voulu faire comme toi ! Si tu veux mourir, soit. Mais ne risque pas la vie des autres, pauvre peigne-cul ! » S'égosillait-il.
« De nous deux ce serait plutôt toi, le peigne-cul ! C'est toi, le rejeton de la noble famille Trevelyan ! » Répliquait son collègue, vexé.
Julian lui flanqua un coup de poing en plein visage. Le templier se frotta la joue en pestant.
« T'es vraiment un crétin, ma parole ! Allez, on lève le camp : on est très en retard. » Lança Julian à la cantonade.
L'inquisitrice réfléchit à ce qu'elle pouvait faire. Elle indiqua à ses compagnons qu'elle allait les paralyser avec sa magie, dans le but de les emprisonner. Sera approuva en disant qu'ils devaient faire vite, car elle commençait à avoir faim. La mage à la chevelure rousse, armée de son bâton, tendit le bras gauche. Elle visualisa l'endroit où déclencher son sort. Une sphère d'énergie se chargea au dessus du groupe de templiers rouges ; Aelia abaissa son bras, et des éclairs fusèrent de la boule électrique, touchant les soldats ennemis qui poussèrent des cris de douleur. Ses compagnons se précipitèrent sur eux pour les ligoter. Ils attachèrent les quatre templiers autour d'un arbre, et encordèrent Julian sur un autre tronc, à l'écart.
« Et maintenant, chef ? » S'enquit Iron Bull.
« Maintenant, vous me laissez seule avec lui. Surveillez les prisonniers. » Répondit l'inquisitrice d'une voix qui n'appelait à aucune protestation.

     Julian affichait un air écœuré. En face de lui, Aelia s'était assise en posant la tête sur ses genoux.
« C'est triste d'en arriver là, mais je n'avais guère d'autre choix, Julian. Il faut qu'on parle. » Dit-elle avec douceur.
« Parler de quoi ? De tes meurtres ? Tuer Judith ne te suffisait pas, il fallait que tu te mettes à massacrer des templiers ? Vous les mages, vous êtes tous pareils. » Siffla-t-il avec dégoût.
« Ce sont les templiers rouges qui nous ont attaqué, à Darse. Ils ont tué énormément de gens honnêtes et innocents, qui n'étaient même pas armés. Il fallait se défendre. »
« Vous vous êtes alliés à des apostats. C'était nécessaire. » Répliqua-t-il.
« Nécessaire ? Est-ce que tu t'écoutes ? Ce que tu dis est horrible ! »
Le templier aux yeux verts baissa la tête.
« C'était les ordres de Samson. Et de l'Ancien. C'est malheureux pour ceux qui n'avaient rien à voir avec les mages. Mais c'est de ta faute, tout ça. Si seulement tu n'avais pas été là... »
« Alors Thédas ne serait plus que ruines et désolation. Corypheus est l'un des responsables ayant causé la colère du Créateur. Nous subissons des Enclins par sa faute. Comment peux-tu le défendre ? » Questionna Aelia, effarée.
« Tout ceci nous dépasse. Je ne me bats pas pour ça, si c'est ce que tu crois. »
« Alors pourquoi ? » Insista-t-elle.
Julian l'a fixa droit dans les yeux.
« Les mages ont assassiné tous mes amis. Certains ont été torturés ! Et l'un d'eux, toi, à même brûlé vive ma petite sœur. Comment pourrais-je vous pardonner ? Je vous déteste. Tous autant que vous êtes, je vous hais. Je veux vous éradiquer. Vous êtes le mal. Le monde est déjà condamné, l'Ancien ne fait que précipiter sa chute. »
Aelia soutint son regard. Elle ignorait ce qu'avait vécu son frère. Elle aperçut un éclat rougeoyant dans les iris du templier.
« Non, tu n'es pas toi-même. Tu es corrompu par le lyrium rouge. »
Julian éclata d'un rire sans joie.
« Le lyrium chante. Une mélodie magnifique, qui pulse dans mes veines. Elle me renforce. Elle me permet d'avoir la puissance requise pour me venger de vous. Tu me crois fou, ma sœur ? »
« Oui, tu l'es. C'est à cause de cela que tu raisonnes ainsi. » Affirma l'inquisitrice avec tristesse.
« Andrasté te le souffle à l'oreille, c'est ça ? Sainte Aelia... La mage qui se croit au dessus de tout, qui pense tout savoir. Est-ce qu'elle t'a dit de tuer Judith, aussi ? » Railla-t-il.
Aelia se leva et se mit à faire les cent pas, en faisant fi des provocations de son frère aîné.
« Ce n'était absolument pas volontaire, Julian. Je ne maîtrisais pas mes pouvoirs. Mais je ne cesserais jamais de m'en vouloir. Comme toi, je l'aimais aussi. »
Son frère secoua la tête, l'air révulsé.
« Ce que je ne comprends pas, c'est que tu étais censé te trouver dans les Marches Libres. Comment es-tu devenu un templier rouge ? Pourquoi es-tu ici, en Orlaïs ? » Interrogea Aelia.
« Le Cercle d'Ostwick avait beau conserver une certaine neutralité, ce n'était pas mon cas, et ça ne l'a jamais été. J'ai décidé de mon propre chef de rejoindre mes frères d'armes du sud pour prendre part à leur juste cause. Mes amis m'ont suivi... hélas pour eux. C'était pire que ce qu'on imaginait. Des apostats partout qui s'en prenaient à tout le monde, et attaquaient les templiers à vue. Ce n'était pas une rébellion, c'était pire que ça. On est tombé dans une embuscade d'apostats. Il y avait des mages du sang parmi eux. J'ai vu mes amis mourir sous mes yeux. J'ai été torturé... Mais j'ai réussi à m'échapper quand une mutinerie a éclaté au sein des rebelles. J'ai fuis en laissant le cadavre de mes frères d'armes derrière moi ! C'est Samson qui m'a trouvé. Il m'a fait goûté au lyrium rouge. J'ai une dette envers lui, Aelia. Et je vais m'en acquitter en lui apportant ta tête ! »
Sous les yeux ébahis de l'inquisitrice, Julian arracha ses liens aussi facilement que s'il s'était agi de feuilles mortes. Le templier était auréolé d'une aura rouge sang, exalté par le lyrium rouge. Il ramassa son épée, qui gisait au sol après qu'il ait été désarmé par les compagnons de sa jeune sœur. Avec une vitesse fulgurante, il l'attaqua dans un rugissement de rage.

     La Messagère d'Andrasté avait été surprise par la facilité avec laquelle son frère s'était libéré, mais elle était restée sur ses gardes tout au long de la discussion. Aussi parvint-elle à se protéger de l'attaque de Julian grâce à sa lame spirituelle. Du coin de l'œil, elle vit Cullen, Dorian, Iron Bull et Sera se ruer vers eux.
« N'intervenez pas ! » Commanda l'inquisitrice en continuant de parer les coups de son frère.
Ce dernier l'attaquait avec vigueur, ne lui laissant aucun répit. Aelia n'arrivait pas à riposter, reculant encore et encore. En difficulté, elle choisit de s'imprégner de la magie du Voile : la Cape de l'Immatériel l'a rendit temporairement invulnérable. Elle en profita pour prendre le dessus en frappant son aîné partout où elle le pouvait, ne craignant pas d'être blessée. Malgré l'armure lourde de templier que portait son frère, il fut quand même sévèrement écorché. La Cape de l'Immatériel se volatilisa au moment où Julian redoubla d'efforts pour lacérer sa sœur. Cullen empoigna la garde de son épée, prêt à défendre sa bien-aimée. Les autres ne bougeaient pas, hypnotisés par le combat acharné auquel se livraient les deux Trevelyan.
« Eh bien, ma sœur ? C'est tout ce dont tu es capable ? Tu ne mérites pas ton titre d'inquisitrice ! » Se moqua Julian.
Aelia ne se laissa pas déconcentrer. Elle repoussa son frère d'un coup de pied ; celui-ci, qui ne s'y attendait pas, mordit la poussière. Il se releva aussi vite qu'il le put, mais elle exploita ce gain de temps pour émettre une salve d'explosions électriques qui le bombardèrent avec violence. Tout-à-coup, Julian poussa un hurlement de colère. Sous les yeux horrifiés de sa sœur, le lyrium rouge se propagea sur son corps, formant des excroissances de cristal écarlate.
« Admire, Aelia ! Le lyrium m'accorde davantage de puissance pour t'anéantir ! »
Julian ressemblait de plus en plus à un béhémoth, au grand désespoir de sa sœur.
« Non, arrête, je t'en prie... Julian... » Pria-t-elle, les larmes lui montant aux yeux.
Mais son frère ne l'écoutait pas. Il asséna un coup au sol, propulsant des éclats de lyrium rouge qui percutèrent l'inquisitrice. Celle-ci fut projetée à plusieurs mètres. Elle se cogna contre un rocher en geignant de douleur. Elle entendit ses compagnons l'appeler avec angoisse.
« Restez où vous êtes ! » Exigea-t-elle.
Le templier marcha dans sa direction sans se presser, certain de sa victoire. Elle avait le tournis, et sa vue se brouillait. Elle tenta de se relever, mais elle perdit connaissance.

     Il faisait chaud. Des cris. Des flammes. Des cris stridents, déchirant les tympans. Des flammes qui dévoraient. Des cris qui imploraient. Aelia ne réagissait pas. Ses membres refusaient de bouger. Elle assistait au spectacle, impuissante. Le corps de sa sœur était léché par les flammes. Sa peau fondait. Des cris qui sortaient de sa bouche béante. Horreur. Une petite main qui se tendait vers elle, suppliante. Elle voulait s'en saisir, mais elle était paralysée. Un grondement se mêlant aux larmes, aux cris et aux flammes. Le démon. L'obscurité. Une silhouette informe, faite de feu, faite de rage, faite de ténèbres.
« Je peux t'aider. Accepte-moi ! Je peux te débarrasser de tout ce qui te fait souffrir. »
Les cris résonnent de nouveau, l'enfer surgit de nouveau.
« Inquisitrice ! »
Qui était-ce ?
« Je peux t'aider. Accepte-le ! Je peux t'alléger de ton fardeau. »
Des larmes qui s'écoulent. Brûlures. Une gorge asséchée. Une odeur fétide de viande carbonisée. Ne plus rien entendre, ne plus rien sentir, ne plus rien voir, par pitié...
« Oui, je peux t'aider. Accepte. »
« AELIAAAA ! »
Une voix familière. Qui ? Le cœur qui s'embrase.
« Non ! Je peux t'aider, personne d'autre ! Tu es seule ! »
C'est faux. Des visages amicaux. Des souvenirs heureux. Un baiser d'amour. Entourée, pas seule.
Un mugissement de fureur.
« Tu as besoin de moi. Je peux ramener ton frère à la raison. Personne d'autre ne le peut. » Susurre une voix d'outre-tombe.
Mais c'est un mensonge. Aelia peut enfin bouger. Parler.
« Va-t-en, démon ! » Clame-t-elle d'une voix retentissante, qui fait écho.
Un sifflement courroucé. Le vide. Le silence. Le parfum de la mousse et de la terre. La dureté des pierres sous le ventre et la poitrine. L'air frais du soir forestier. Le bruissement des feuilles secouées par le vent. Un frère perdu dans l'abîme de la haine.

     La Messagère d'Andrasté ouvrit les yeux. Elle redressa la tête et vit Cullen et Iron Bull affronter son frère au corps à corps, tandis que Sera et Dorian couvraient leur chef à distance.
« Enfin, vous vous réveillez ! Ce n'est pas vraiment le moment de piquer un somme ! » Ironisa le mage tévintide.
Aelia se remit debout. L'arrière de sa tête lui lançait, mais ça restait supportable. Quand Julian l'a remarqua, il émit un grognement. Il rejeta ses deux adversaires avec une force inouïe. Ils s'écroulèrent sous la puissance du choc. Le frère et la sœur se firent face, sous les yeux tendus des compagnons de cette dernière.
« Julian, mon cher frère... Je ne veux pas te faire de mal. Nous pouvons encore nous réconcilier. » Déclara l'inquisitrice en lui tendant les bras.
Le lyrium rouge luisait sur et sous la peau du templier. Toutefois, ses yeux verts émeraude s'embuèrent de chagrin, rivés sur ceux de sa jeune sœur. Il semblait en proie à l'hésitation. Il fit un pas incertain dans sa direction. Une larme roula sur la joue veinée de rouge du templier. Peu à peu, il avança vers elle. Aelia lui adressa un sourire encourageant. Lorsqu'il fut arrivé à sa hauteur, il leva lentement les mains vers les siennes. Hélas, il les laissa finalement retomber le long de son corps difforme. Il dégaina alors un poignard et voulut le planter dans gorge de sa sœur. Mais l'inquisitrice se montra plus rapide et matérialisa son épée magique. La lame spirituelle s'enfonça dans le poitrail de Julian, qui ouvrit de grands yeux stupéfaits. Il s'effondra sans émettre le moindre son. Aelia s'agenouilla auprès de lui. Elle savait qu'elle avait perforé un de ses poumons, il n'y avait aucune chance qu'il puisse survivre. Du sang s'écoula de la bouche du templier. Elle prit la main de son frère et la serra entre ses doigts. Un maigre sourire s'étira sur les lèvres de son aîné. Dans un râle insoutenable, il lui murmura :
« Merci... »
Ses yeux se vidèrent alors qu'il expirait. Julian Trevelyan venait de rendre l'âme. La Messagère d'Andrasté éclata en sanglots. 
"Nous sommes tous frères sous la peau, et j'aimerais écorcher l'humanité pour le prouver."
-Ayn Rand-

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ViVii

Pour le chapitre final, si je ne le finis pas aujourd'hui, ce sera demain au plus tard!  ;)
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Karyah

J'ai vu que tu avais posté, lorsque j'aurais un peu plus le temps, je m'y pencherais ! :)

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ViVii

          Chapitre 7 : Un fléau insupportable

     L'inquisitrice et ses trois conseillers étaient réunis dans le bureau de l'ambassadrice. Joséphine était assise à son bureau, tandis qu'Aelia et la maître-espionne étaient installées dans les deux chaises devant la cheminée. Le commandant s'appuyait contre l'accoudoir du siège de sa bien-aimée. Le crépuscule tombait peu à peu pour laisser place à l'obscurité de la nuit.
« Les prisonniers que vous avez ramenés des Tombes Émeraudes n'ont pas été très loquaces, mais j'ai fini par réussir à leur soutirer des informations qui pourront nous être utiles. » Informa Léliana.
Aelia fixait le feu dans l'âtre, sans rien dire. Cela faisait plusieurs semaines qu'ils étaient de retour à Fort Céleste. Beaucoup de choses s'étaient produites, notamment la trahison de Blackwall qui s'était révélé être un lâche cupide, n'hésitant pas à faire exécuter toute une famille contre une poignée d'or... L'Inquisition l'avait sorti de la prison de Val Royeaux pour le ramener à Fort Céleste afin d'y être jugé par l'inquisitrice. Celle-ci avait été clémente en rendant son jugement : en effet, outre le passé de Thom Rainier, il s'était efforcé d'aider l'inquisitrice de son mieux, se battant bravement contre les templiers rouges et les venatoris, de plus il avait apporté une précieuse contribution à la forteresse de l'Inébranlable, en convainquant les Gardes des Ombres encore lucides de déposer les armes. Cela n'effaçait pas ses actes d'autrefois, mais Blackwall était devenu un ami qu'elle avait appris à connaître au fil du temps. Elle comprenait mieux pourquoi le faux garde était si centré sur lui-même ; parce qu'il se détestait, parce qu'il avait peur de lui-même et de ce que les autres penseraient de lui s'ils savaient, aussi avait-il souhaité la mort comme châtiment. Cependant, elle estimait qu'il revenait à la Garde des Ombres de le juger, d'ici là il continuera de lutter aux côtés de l'Inquisition contre l'Ancien.
     Par ailleurs, Aelia et Cullen s'étaient efforcés de découvrir ce que trafiquait le général Samson. Ils avaient assisté, impuissants, à la mort de Maddox, l'Apaisé loyal envers le templier, alors que ce dernier l'abandonnait à son sort. Grâce aux précieuses informations qu'ils avaient obtenus, Dagna était parvenue à fabriquer une rune qui affaiblirait l'armure de lyrium de Samson, ce qui représentait un avantage non négligeable.
     D'autre part, l'inquisitrice avait accompagné Léliana au cloître de Valence pour découvrir ce que la défunte Divine Justinia lui avait réservé. Elle avait empêché de justesse la maître-espionne d'éliminer sœur Natalie, qui convoitait le présent laissé par la Divine. Malheureusement pour elle, la dernière volonté de Justinia pour le Rossignol n'était pas matérielle ; elle souhaitait la décharger du fardeau qu'elle lui avait transmis en faisant d'elle sa Main Gauche. Elle en avait été soulagée, comprenant qu'elle était plus que ce qu'on attendait d'elle.
     Enfin, ils avaient appris que Corypheus menait ses forces vers les Terres Sauvages d'Arbor, ce qui avait vivement inquiété la sorcière Morrigan ; elle soupçonnait qu'il désire s'approprier d'un eluvian, un miroir elfique pouvant permettre d'accéder physiquement à l'Immatériel. Ils avaient commencé les préparatifs pour contrecarrer les plans de l'antique Magister dans le temple de Mythal. Mais pour l'instant, ils s'accordaient un moment de répit pour se pencher sur ce qu'il s'était passé avec Julian Trevelyan. Depuis sa mort, Aelia n'avait guère eut le temps d'y songer, accablée par ses devoirs d'inquisitrice.
« Pour quelle raison votre frère est-il entré dans l'Ordre des Templiers ? » Questionna Cullen.
« C'est le bann Trevelyan qui le lui a imposé. Mon père ne se préoccupe pas des ambitions de ses enfants... C'est comme ça que notre famille fonctionne : les plus jeunes vont soit dans la Chantrie, soit chez les Templiers. » Répondit l'inquisitrice avec amertume.
« C'est injuste ! » Répliqua Cullen.
« C'est une tradition assez courante chez certaines familles de nobles, commandant. » Assura Joséphine d'un ton posé.
Il soupira pour exprimer son désaccord. L'ancien templier n'avait jamais compris, et encore moins approuvé, les pratiques des nobles. Aelia étira ses jambes pour les délasser, laissant ses conseillers débattre sur les manières des nobles.
     Elle avait longuement pleuré Julian quand elle se trouvait dans les Tombes Émeraudes. Son dernier mot lui avait fait comprendre certaines choses. Son frère éprouvait de la colère, mais il n'avait pas pu s'en libérer : bien au contraire, le lyrium rouge avait exacerbé cette haine en la poussant à son paroxysme. Selon les informations données par Varric et les diverses lettres et notes recueillies, cette substance faisait perdre la raison et menait à des comportements détraqués et mortels, aussi bien pour la personne corrompue que pour son entourage. Julian était tourmenté, il haïssait les mages mais il n'avait pas l'âme d'un assassin vengeur. Ses actes et paroles n'avaient rien à voir avec celui qu'elle avait côtoyé durant leur enfance. Le jeune templier s'était laissé aveugler par le ressentiment. Ce n'était pas des pulsions meurtrières qui l'avaient conduit à quitter le Cercle des Mages d'Ostwick, mais bien la volonté de mettre fin aux exactions des mages rebelles dans le but de protéger la population : il avait lui-même dit avoir vu des apostats s'en prendre à tout le monde, même à des personnes innocentes... Ça l'avait révolté. Désormais, son frère était retourné auprès du Créateur et ne souffrait plus, il était enfin en paix. La Messagère d'Andrasté ne pouvait s'empêcher de penser que peut-être que rien de tout ceci ne serait arrivé si les mages du sang ne lui avaient pas tendu un piège, à lui et ses amis. Solas prétendait que la magie du sang n'était pas différente des autres ; que seul ce qu'on en faisait était à prendre en compte. D'après lui, cette magie n'avait rien de démoniaque. Néanmoins, Aelia ne partageait pas son opinion. Dans le Psaume des Oraisons, la Chantrie enseignait que ce sont les Anciens Dieux qui ont appris aux hommes à faire usage de cette magie noire... Comment une magie, provenant de démons, pouvait-elle ne pas être obscure ?
« Inquisitrice ? » Interpella Léliana.
Aelia sursauta. Ses conseillers l'observaient avec inquiétude.
« Tout va bien ! J'étais perdue dans mes pensées. » Leur dit-elle avec entrain.
« Vous devriez peut-être prendre un peu de temps pour vous. Depuis votre retour, vous n'avez pas arrêté. » Proposa la maître-espionne, compatissante.
« Non. J'avais déjà perdu mon frère depuis longtemps. Et nous avons la menace que représente Corypheus sur les bras. Nous devons nous focaliser là-dessus. »
Cullen posa une main sur l'épaule de l'inquisitrice.
« Vous avez le droit d'être triste. Et, pour ce soir, vous pouvez bien souffler un coup. Vous pourrez vous en occuper demain matin. » Lui dit-il avec douceur.
Les trois femmes lui jetèrent un regard abasourdi.
« Par Andrasté, vous venez de lui conseiller de prendre un peu de repos ou j'ai rêvé ? Êtes-vous réellement le commandant Cullen? » Se moqua le Rossignol.
L'ancien templier pesta un juron, les joues rouges, sous l'hilarité de l'inquisitrice et de ses conseillères.
« Et alors ? On a besoin d'un chef en forme, aussi bien physiquement que moralement pour diriger l'Inquisition ! » S'exclama-t-il, le visage renfrogné.
« Ah, voilà qui vous ressemble un peu plus. » Commenta Joséphine, pleine de malice.
Le commandant aux yeux noisette se leva d'un bond, piqué au vif. Aelia lui saisit le poignet, un sourire enjôleur éclairant son visage.
« Allons Cullen, on vous taquine, c'est tout ! » S'excusa-t-elle.
Il acquiesça et lui rendit son sourire.
« De toute façon, je dois y aller. Il me reste encore quelques rapports à lire. »
« Et moi, des lettres à envoyer. » Déplora l'ambassadrice.
Ils se souhaitèrent bonne nuit et Aelia quitta le bureau de Joséphine avec Léliana et Cullen. La maître-espionne se rendit à la volière d'un pas léger, laissant les deux tourtereaux seuls.
« Je me demandais... Vous auriez cinq minutes à m'accorder ? » Demanda l'inquisitrice à son commandant d'une voix sensuelle.
Comprenant ce qu'elle avait en tête, Cullen lui répondit :
« Pour vous, toujours. »

     Le départ des soldats de l'Inquisition pour les Terres Sauvages d'Arbor était imminent. Tout le château était en effervescence. Le ciel était obscurci par le passage incessant des corbeaux messagers. Du haut de son balcon surplombant Fort Céleste, l'inquisitrice observait ses forces se préparer à partir pour un long voyage jusqu'au sud d'Orlaïs. Elle referma les fenêtres et s'apprêta à quitter ses quartiers. Elle posa la main sur la rambarde et entreprit de descendre les marches lorsqu'un tapotement attira son attention. Un corbeau s'était posé sur le balcon et donnait des coups de bec sur la vitre. Un cylindre était accroché à sa patte. Aelia alla réceptionner le message et le corbeau s'envola aussitôt. La petite boîte contenait un rouleau de parchemin, qu'elle s'empressa de dérouler :

Ma chère Aelia,
Ayant bien reçu votre lettre concernant Julian, je tiens à vous présenter mes plus sincères condoléances.
Votre père le Bann Trevelyan ne vous en tient pas rigueur, malgré son langage vindicatif à votre sujet après avoir appris la triste nouvelle... Oh, il a voulu s'en prendre à l'Inquisition, mais je l'ai  persuadé de ne rien en faire. Il s'est emporté en raison de la souffrance que lui cause la perte d'un fils, néanmoins votre père est un homme raisonnable ; aussi s'est-il vite repris.
Par ailleurs, il a fini par admettre être fier de ce que vous êtes devenue. Il semble prêt à échanger des correspondances avec vous. Il hésitait à vous répondre, seulement il ne savait pas comment s'y prendre. J'ai bon espoir que vos relations avec vos parents s'améliorent à l'avenir.

           Avec toute ma tendresse,           
Votre grande-tante Lucille

     
La jeune femme s'assit sur le bord de son lit en pressant le parchemin contre son cœur. Ses parents étaient convaincus qu'elle était une abomination suite à la mort de Judith. Lorsque les templiers étaient venus la chercher, son père leur avait dit avec mépris qu'ils pouvaient en faire ce qu'ils voulaient. La dernière image qu'elle gardait du bann Trevelyan, c'était un regard venimeux à son égard, refermant la porte du manoir sur eux pendant que les templiers l'emmenaient... Aujourd'hui, elle n'était plus une enfant victime de sa propre magie. Elle était l'inquisitrice, élue par Andrasté, détentrice de l'Ancre selon la volonté du Créateur. Savoir que son père désirait briser le mur de glace qu'il avait dressé entre eux réchauffait Aelia. Elle se sentit plus légère, plus forte, prête à affronter tous les dangers : elle pouvait enfin tourner la page. La jeune femme se leva et plaça la lettre sous son oreiller. Il était maintenant l'heure d'empêcher Corypheus de s'emparer d'un eluvian...

Le chant de la haine : quête terminée
"Nous sommes tous frères sous la peau, et j'aimerais écorcher l'humanité pour le prouver."
-Ayn Rand-

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ViVii

La fanfic est terminée!

Je modifierais peut-être quelques détails au niveau de la rédaction. Il y a beaucoup de défauts, mais je me suis énormément amusée à écrire cette histoire; j'espère que cette histoire vous plait.

C'est très centré sur l'inquisitrice, j'avoue. Je n'ai pas voulu prendre trop de risque en impliquant davantage son entourage: Solas par exemple est difficile à écrire quand on ne le connait pas assez bien, donc je l'ai volontairement écarté de l'histoire.

Question: vous auriez envie de lire quoi, comme fanfic? Avec quels personnages, sur quel sujet...? J'ai envie d'en écrire d'autres, et cette fois je prendrais ça un peu plus au sérieux!
"Nous sommes tous frères sous la peau, et j'aimerais écorcher l'humanité pour le prouver."
-Ayn Rand-

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Morga

Alistair! ou Cullen! Sur quoi (quel sujet?)? Heu sur ce que tu veux!  Oui je sais je t'aide beaucoup là...
- Vous, et Alistair...?

- Alistair est un idiot, ouais c'est mon idiot

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ViVii

Hmmm ok, je crois que j'en ferais une sur Alistair, mais je vais d'abord me replonger dans Origins pour m'imprégner de sa personnalité. Et là Cullen était assez mis en avant. Je reviendrais sur lui plus tard. (mes phrases ont une tournure très étrange ou je rêve?)

Ah mince, mais tu vas me démolir si c'est naze! Va falloir que je m'y mettes à fond pour faire une bonne histoire!  ;D
"Nous sommes tous frères sous la peau, et j'aimerais écorcher l'humanité pour le prouver."
-Ayn Rand-

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