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Fanfic : Le Garde des ombres.

Démarré par Jaqen, 10 octobre 2013 à 13:20:00

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Jaqen

Merci.  ;)

Et euh, content d'avoir pu être utile, amuse toi bien avec ce mot  (;D), que j'ai employé car il est l'une des conséquences de la tragédie que Joruth a vécu !

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Jaqen

06 février 2014 à 21:15:44 #31 Dernière édition: 08 février 2014 à 04:50:07 par Jaqen
[Justify]La nuit froide et paisible, si peu qu'elle fut troublée par les caprices du temps s'était installée durablement après une journée bien agitée, des émotions fortes, un charivari presque permanent. Le passage de la pluie n'était plus qu'un funeste souvenir et le ciel ne promettait plus qu'une vaste étendue noire parsemée de lumières étoilées.

L'heure était à la paix des braves, au repos mérité du guerrier et de l'aventurier. Le vent soupirait dans les flammes du feu de camps piqué à vif, et d'autant plus animé de fureur qu'il grandissait en force, engloutissant de manière vorace les carcasses de bois charbonneux, réchauffant avec plus de vigueur de la douce chaleur qu'il répandait la chair et les âmes de ses convives tout autour de lui. Son Mabari satisfait et l'estomac plein à craquer couché à ses pieds, Alistair et Leliana entortillés dans leur couvertures sur le sol humide tandis qu'ils étaient délicieusement assoupis après tant de fatigue éprouvée, Joruth était le seul à veiller si tard dans l'atmosphère endormie et le silence écrasant, perdu dans la contemplation du rougeoiement des flammes.

Les yeux dans le vague, l'esprit en surchauffe, il subissait encore les effets de sa conversation tumultueuse avec Alistair, son humeur aussi bien assombri par ses avertissements répétés qui lui pesaient sur le coeur, que le manque de sommeil qui l'empêchait d'avoir les idées claires. Manque de sommeil dû à tous ces fantômes qui surgissaient de son passé, arpentaient ses rêves, l'Archi-démon y ajoutant lui aussi de son grain de sel, apparaissant alors sous la forme terrifiante d'un dragon venu pour le tourmenter, jouer avec ses craintes les plus secrètes, emplir sa tête de menaces toutes plus décourageantes les unes que les autres. Revenu brusquement à la froideur du réel, loin de tout danger imminent contrairement aux mirages nés de la perversité de son esprit, Joruth avait seulement retrouvé une clairière dans laquelle ils avaient établi un campement, épousé le paysage extérieur qui s'étendait devant lui, senti à nouveau la morsure du vent sur son visage, l'air pur envahir ses poumons, le chant des hiboux faisant doucement frissonner de leur plaintes ses oreilles.

Troublé, Joruth l'était pour le moins. Il s'était toutefois depuis longtemps habitué à ses cauchemars, non ce qui l'ennuyait, c'était cette tension dans le groupe. Les relations n'étaient pas au beau fixe. Devait-il intervenir ?

Lui d'habitude si confiant, avait laissé les doutes l'assaillir. L'une d'entre elle et pas des moindre concernait Morrigan, et la confiance qu'il pouvait lui témoigner. La sorcière au tempérament trempé dont la magnificence sombre et concupiscente, qui promettait saveurs et délices infinies le subjuguait parfois, follement désirable, presque irrésistible. Une troublante créature à la beauté sans pareille, un fruit savoureux et suintant qui s'offrait, presque parfait, dans ses contours et son contenu mais qui n'en n'apparaissait que plus inatteignable et divin à de simples mortels. Alistair y était alors incompréhensiblement insensible et il l'avait d'ailleurs rappelé ce soir, sans ambiguïté, avec fermeté, presque motivé d'un entêtement acharné. Morrigan il ne la sentait pas, Morrigan était une épine dans le pied.

<< - Suis-je donc le seul à m'offusquer de la voir s'isoler imprudemment, aller où bon lui semble quand l'envie lui prend sans en avertir personne et ne participer à aucune tâche du campement ? >>

<< - Elle fait la différence au combat, ses opinions diverses sur la stratégie à adopter et le genre de magie contre lesquelles nous nous confrontons sont éclairantes, sans mentionner ses talents pour la création de potions qui nous sont d'une extraordinaire utilité. Le reste nous pouvons nous en charger. >>


<< - Vous ne trouvez pas ça commode que Flemeth, qu'on décrit comme poussée par des intentions pleines de malices dans les contes et les légendes nous offre ainsi sa chère et tendre fille, dont - bien sûr - elle vantait si modestement la puissance, comme ça, sans contre-partie ? >>


<< - Flemeth nous a sauvé la vie et remis les parchemins anciens des gardes ombres indispensable à notre tâche de ranimer la flamme du rassemblement et d'unir les forces vives du royaume. Ses motivations ne sont pas claires, je vous le concède, mais les faits sont là, incontestables, contrairement aux spéculations. >>


<< - Qui sait si Morrigan ne nous espionne pas pour le compte de sa sorcière de mère, si ce n'est plus... Souvenez- vous des dernières paroles que Flemeth lui a réservé avant de la quitter... Elles ont un plan toutes les deux, qui nous dépasse et ne concerne en rien notre mission. Peut-on vraiment l'ignorer en toute âme et conscience ? >>


<< - Nous en avons déjà débattu Alistair. L'enclin requiert toutes les forces disponibles pour le combattre, et aujourd'hui nous sommes seuls. La présence de la fille de flémeth est un véritable don ainsi que celle-ci nous l'a introduite. Pensez à tout ce que nous avons pu et pourrons accomplir avec ses pouvoirs. >>

<< - Je ne lui fais pas confiance. >>


<< - Que voulez-vous que je fasse ? Je ne peux pas la renvoyer sous prétexte de soupçons rivalisant avec l'hystérie la plus infondée. >>

<< Hystérie la plus infondée ? Comme vous y aller ! Non je dirais plutôt... une prudence saine. Et cela n'a rien avoir avec mes considérations d'ancien templier. >>


<< - Nous valons mieux que ça, Alistair. >>


<< - Mieux que cette vipère, oui. Ecoutez, je me range à votre avis, je crois simplement toutefois qu'il serait avisé de lui parler, nous assurer qu'elle ne nous trahira pas. >>


Paupières closes, Joruth soupira, un lourd fardeau pesant sur son coeur déjà dévoré de chagrin, lanciné par les méfaits de la vie, plus dur et plus résistant qu'un morceau d'argentite aujourd'hui. Puis il se releva de la pierre sur laquelle il était sagement assis depuis, et entama une marche déterminée en direction d'un autre feu de camps un peu plus loin au coeur d'un endroit isolé et à l'abri de leur regards de l'autre côté de clairière, un feu bien plus impressionnant que le leur. Un feu qui appartenait à Morrigan. [/Justify]

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Jaqen

06 février 2014 à 21:40:25 #32 Dernière édition: 10 février 2014 à 18:33:33 par Jaqen
[Justify]Ses superbes mains, aussi délicates que soignées et dont elle était fière tendues vers le feu, le dos fièrement cambré et indifférente au froid qui l'assiégeait, Morrigan par delà les flammes de son feu de camps discerna dans les ténèbres de la nuit le sinistre profil d'un homme en armure qui approchait. Celui du garde des ombres, le leader auto-proclamé de leur groupe, après qu'Alistair pourtant l'aîné au sein de leur ordre se soit dégonflé à Lothering en vulgaire brebis préférant suivre en queue de troupeau, laissant la jeune recrue reprendre le flambeau et subir tout le poids du fardeau de leur ordre, assumer de terribles responsabilités quitte à risquer de dangereuses décisions pouvant mener à l'échec.

Ombre dans la nuit, Joruth venait à elle, d'une démarche alerte et silencieuse, et Morrigan en suspectait évidemment la raison. Après tout, quelques heures auparavant ne s'était-elle pas métamorphosée en corbeau, noir d'ailes et d'oeil pour épier leur conversation dont elle avait été, comme toujours ces derniers temps, le sujet entre les deux Gardes des ombres qui n'avaient pu s'accorder sauf sur la nécessité de clarifier la situation avec elle ?

Alistair, ce sombre idiot ignorant à quel point il paraissait stupide équipé de ce morceau de fromage qu'il trimbalait à la main comme un excité, n'avait pas manqué de revenir à nouveau à la charge à son propos, mais son compagnon n'avait cédé à aucune de ses déclarations à l'emporte-pièce pour son plus grand plaisir. Cette façon que ce dernier avait eu de rester camper sur ses positions, la mâchoire crispée mais définitivement posé l'avait plutôt rassurée sur l'homme qui dirigeait leur petite faction et sur la sûreté de sa propre condition. Mais rien n'était encore joué. Seulement quelques heures après leur vive discussion, ce n'était pas par hasard si Joruth Cousland était venu de ce côté de la clairière, et elle se tenait prête à tout, s'attendant au pire. Elle n'hésiterait pas à l'envoyer balader de la plus merveilleuse façon s'il la poussait à bout avait-elle décidé.

Aussi ses bottes claquèrent sur la pierre qui s'était infiltrée ici et là parmi l'herbe clairsemée et elles résonnèrent longtemps aux oreilles de la jeune femme qui s'enivra tout de même de cette assurance, tandis que se dessinait désormais distinctement la silhouette du garde des ombres s'érigeant fièrement et se mouvant sous la pâle lumière des étoiles, dans un mélange de cliquetis de maille et de froissement de cuir.

Curieusement cette approche d'une dégaine suffisante lui remémora sa première rencontre avec lui dans les terres sauvages de Korkari. Morrigan, follement intriguée par les nouveaux arrivants avait suivi les quatre hommes alors qu'ils se taillaient un chemin à travers la forêt qu'elle considérait comme sienne, véritablement inconscients de tout le potentiel du danger qui les entourait, ignorant tout des pouvoirs qui s'y cachaient. De toute évidence ils avaient un but précis, plus que des missionnaires, plus que de simples explorateurs, plus que des soldats en mission de reconnaissance. Aussi le plus jeune et le plus imposant à l'avant de la formation avait immédiatement attiré l'attention de Morrigan. D'aussi loin qu'elle se trouvait, sous la forme d'un corbeau, la fille de Flemeth avait pu contemplé cet homme de haute taille, les épaules larges, qu'on devinait fort musclé sous son armure de belle facture, frappée qu'elle fut par l'austérité de son regard, la dureté de ses prunelles, la froideur de ses expressions. Il dégageait alors une aura plus qu' impitoyable,comparable à la férocité d'un loups qu'elle n'était pas sans approuver. Enfin il émanait de lui une certaine fierté dans sa façon de se déplacer, presque une certaine arrogance, tel qu'on pourrait aisément croire que l'homme considérait comme un précieux privilège pour ses compagnons de pouvoir se tenir et combattre à ses côtés. Attirant, oh ça oui, il l'était, pas de doute, même à cette distance.

La sorcière n'avait alors témoigné aucun intérêt pour les autres hommes, sauf pour l'autre blondinet dont le comportement faisait clairement ressortir son rôle de garde des ombres, prenant soin de les écarter le plus possible des chemins qui les feraient tomber à plein nez sur les engeances. Les autres ? Rien d'intéressant, rien de spectaculaire, fades tous autant qu'ils étaient à côté de ce bel éphèbe, même si ma mère aurait adoré pourvoir jouer avec ces quatre là en même temps dans son lit... Morrigan, elle, n'avait dévoré que celui-là, n'avait eu d'yeux que pour lui. Elle se souvenait encore lui avoir signifié le bel effet de son charme sur elle lorsqu'elle s'était présentée au groupe, et il n'y avait pas été insensible, bien plus poli et accueillant à son égard que tous les autres réunis.

Alors qu'enfin à proximité, il réduisait les derniers mètres qui le séparaient de sa cible, le Garde des ombres lui fit la même belle impression que la première fois dans les terres sauvages...

<< Morrigan. >> s'annonça alors Joruth se tenant là debout juste devant elle assise et la dominant de haut, sa voix jouant dans un bel effort sur les notes de la cordialité, à défaut de pouvoir élargir un sourire qu'il était incapable de formuler sur le moment alors que la sorcière relevait la tête vers lui et le jaugeait d'une manière assez hostile. Attitude négative qui le fit redoubler de prudence, quant à sa démarche qu'il savait délicate. Morrigan en réaction, ne perdit pas de temps et se sentant déjà pour le moins acculée, décida d'attaquer la première.

<< - Alors, Garde des ombres, avez-vous enfin trouver le courage qui vous manque. Allez-vous me faire la demande de quitter votre petit troupeau bien ordonnée ? >> jeta la sorcière de manière piquante, avec un soupçon de colère non feinte. Le résultat ne la satisfit guère, déçue de constater la vulgaire figure inexpressive du garde des ombres pour seule réaction. S'il avait été surpris, il n'en montra aucun signe, répondant d'une voix dénuée de toute émotion, ses prunelles marrons la transcendant d'un regard perçant, un regard qui paraissait avoir le pouvoir de percer à travers la chair et par delà l'horizon.

<< Qu'est-ce qui vous a poussé à concevoir une telle absurdité ? >>


<< - Cessons ce petit jeu ! Si vous avez pris la peine de venir me rejoindre et briser ma quiétude ce soir, ce n'est pas par hasard, et j'en crois deviner aisément la raison. >>
Joruth plissa les yeux, un instant silencieux, comme s'il réfléchissait et parvenant peut être à ses propres conclusions.

<< Vous nous espionnez ? >>

<< Allons ne soyez pas ridicule, je suis ici, toute seule, loin de toutes les tracasseries que vous pourriez me causer. >>


<< Mais vous avez le pouvoir de travestir la forme de n'importe quel animal, épier n'importe quelle conversation à travers ce genre de manifestation. >>
Morrigan bien qu'elle n'en montra rien sentit son coeur battre la chamade. Aurait-il deviné son secret, l'aurait-il aperçu sous la forme d'un corbeau noir sur l'arbre qui les surplombait tous deux lui et Alistair, entrain de les épier ? Se moquait-il ? La soupçonnait-il seulement ? Savait-il ? Quoi qu'il en soit, elle se ferait un devoir de ne plus le sous-estimer à l'avenir. Il était moins idiot qu'il n'en paraissait. Tous les mâles n'étaient pas forcément de stupides créatures seulement utiles pour ses besoins et facilement manipulables. Et à cette fin elle ne se risqua pas à produire un vilain mensonge ou se moquer de lui pour le détourner de cette vérité dont elle n'avait d'ailleurs aucune honte. Non, plutôt elle se garda bien de réagir, muette comme une carpe, jouant la carte de l'indifférence. Et lui planté là, tel un arbre immobile, continuait à la dévisager en silence, en pleine réflexion.

<< - Je peux m'asseoir à vos côtés, partager ce feu en votre compagnie ? >>
Morrigan quelque peu étonnée par la voix doucereuse du Garde des ombres mais toujours autant sur le qui-vive et la défensive roula des yeux tout en soupirant, s'exprimant d'une voix lasse.

<< - Vous êtes manifestement déterminé à venir m'importuner ! Avez-vous donc vraiment besoin de ma permission ? >>
Joruth s'exécuta alors, nullement ému ou repoussé par la rebuffade, - puis elle n'avait pas vraiment refusé non plus n'est-ce pas ? - et tous deux à quelques centimètres de l'un de l'autre, ils admirèrent les tons de couleurs différentes du feu magique provoqué par Morrigan, se laissèrent bercer par le chant des crépitements.

Bien que la fille de Flemeth se refuse à l'admettre, la présence imposante de l'enquiquineur et son insistance commençait à la troubler, peu habituée qu'elle fut aux interactions sociales avec les humains, sauf quand il s'agissait de coucher avec évidemment, jouer de caresses félines et tout ce qui allait avec. Pour sûr qu'elle était à l'aise avec eux dans ce domaine. La sorcière se souvenait d'ailleurs avoir approché Joruth Cousland aussi de cette manière, bien que le garde des ombres revenu blessé d'Ostagar ait été inconscient, l'acte totalement passé à son insu. Ce soir, il se trouvait paré de son armure, mais Morrigan savait déjà ce qu'elle cachait dessous...

N'avait-elle pas pris soin de cet homme, un inconnu insignifiant à ses yeux, aussi nu qu'un vers, tandis qu'elle pansait ses blessures ? Elle n'oubliait pas avoir été prise d'un furieux désir assise au dessus de lui devant la contemplation de ce corps étendu devant elle, merveilleusement dessinée, devant le tracé de ses muscles, la virilité qui ressortait de tous ses membres déliés. Le sourire aux lèvres, la sorcière très amusée avait alors sans remord ni aucune hésitation, fait joué sa main sur les courbes de la figure endormie, caressé du bout de ses doigts effilés son torse large, descendu jusqu'au ventre en traçant des sillons sur son abdomen, dérivé sur ses cuisses durs et puissantes pour remonter doucement sur son pubis. Elle n'avait pu explorer plus loin, l'autre blondinet se réveillant alors brusquement et s'écriant d'une manière abrutie : " Où-suis- je ?  Qu'est-ce que je fais là ? Où sont les engeances ? "

A ce délicieux souvenir qu'elle perçut comme un avantage sur lui, Morrigan prononça un rictus plein de malices. Joruth en toute ignorance de ce qui s'était déroulé, inconscient d'être la source de moquerie de sa compagne, prit la parole dans le même temps, ses prunelles toujours rivées sur le feu.

<< - J'ai beaucoup apprécié nos échanges sur la route qui menait à Lothering, lorsque nous faisions plus ample connaissance. A cette période vous n'hésitiez pas à vous confier à moi, et depuis notre arrivée en ville, nous ne nous sommes plus retrouvés, nous n'avons plus jamais eu l'occasion. >>
Un petit rire secoua Morrigan, ayant elle aussi bon souvenir de ces fugaces moments passés ensemble. Elle n'avait pas manqué de trouver charmante et rafraîchissante la curiosité dévorante du Garde des ombres à son égard.

<< - Dîtes plutôt que vous me harceliez de questions, émoustillé comme un enfant à la moindre de mes réponses que vous me soutiriez du nez, presque le couteau sous la gorge. Votre ami Alistair était alors uniquement concerné par son nombril. Une fois qu'il s'est soucié d'autre chose que de sa petite personne, il vous désirait soudain tout à lui, affolé par la concurrence. >>
  Joruth qui comme plongé dans un songe intense, scruta minutieusement les étoiles dans le ciel ne releva pas, ignorant la pique sur son ami. Il n'avait pas envie de parler d'Alistair.

<< - ça me manque. >> Morrigan grandement surprise, tourna la tête vers son compagnon du soir, et Joruth fit de même, ses yeux marrons claires étincelant dans l'obscurité, la voix emplie d'une sincérité singulière. Leur yeux se croisèrent. << J'éprouve le furieux désir de retenter l'expérience. >> La sorcière sentit des frissons parcourir les fibres de sa peau, des vers se tortiller en son ventre. L'intensité du regard du Garde des ombre sur elle fit comme un effet de brûlure immédiate. Il était bien plus beau et séduisant qu'elle ne l'avait pensé la première fois à distance, en particulier à cet instant. Assise à son côté, elle pouvait désormais détailler tous ses traits, fiers et austères, marqués par un air blessé, ciselés par la dureté.

Mais l'effet qu'il lui fit à cet instant disparut aussi vite qu'il était apparu dès lors qu'il reprenait la parole avec un peu plus d'inconfort. Voilà qu'il enchaînait sur ce qu'elle avait craint...

<< Aussi... Morrigan, je dois savoir si nous pouvons compter sur vous. Lorsque nous atteindrons Golefalois demain, nous ne devrons faire qu'un, unis comme les doigts de la main, quelques soient les différences, par delà les affinités et les résolutions de chacun. J'attends une réponse franche de votre part. Êtes vous définitivement une des nôtres ? >>

<< - Dois-je éternellement larmoyer comme une petite fille pour échapper à vos soupçons déplacés ? >>

<< - Vous vous isolez du groupe, vous refuser de veiller, vous ne participez guère aux activités du campement, et vous vous envolez sans prévenir personne la nuit tombée. C'est dangereux pour vous, c'est dangereux pour nous, ça rend les autres nerveux, vous confondez l'intégrité du groupe. >>
Morrigan, mise hors d'elle par cette charge implacable, se releva brusquement, c'en était trop ! Pour qui se prenait-il ? Il ne savait rien de l'étendu de ses pouvoirs et de la chance qui était la sienne de pouvoir seulement compter sur son soutien.

<< - Inutile de monter sur vos grands chevaux et de vous lancer dans un sinistre discours grandiloquent, j'ai bien compris que votre grand ami vous avait embrumé l'esprit de sornettes. Dîtes le mot et je m'en vais sur le champs. >>


Joruth se releva promptement à son tour, presque avec autant de force et lui répondit d'un ton ferme et sans équivoque. La réaction de la jeune femme qui menaçait de s'en aller eut raison de tous ses doutes, il était désormais fixé sur ses sentiments. Il n'éprouverait plus jamais Morrigan sur le sujet, c'était la dernière fois. Mais il poursuivit sur sa lancée, déterminé à clarifier les choses avant d'aller plus loin dans l'aventure.

<< - Vous vous fourvoyez. Il n'est rien d'une telle volonté. C'est la dernière chose à laquelle j'aspire à l'heure actuelle. Votre aide est précieuse, vos pouvoirs nous sont très utiles. Je vous demande juste de vous plier aux règles les plus élémentaires. Je ne soutiens personne, mon seul souci est de maintenir la cohérence du groupe. L'Archidémon doit mobiliser toute notre attention. >>
Morrigan les bras croisés, s'était enfermée dans un silence rageur et mutin. Joruth pouvait toutefois sentir qu'elle se laissait convaincre, apaisée. Il était persuadé qu'elle comprenait le raisonnement et n'en pouvait contester le principe. << Nous devons nous serrer les coudes Morrigan, ou nous n'y arriverons pas. Vous pouvez le faire ? >>

<< - Oui. >> La réponse était laconique et sifflante, mais c'était tout ce qu'il pourrait jamais retirer d'elle. Il le savait. << Autre chose mon seigneur ? >> demanda la sorcière d'un ton hautain, les bras croisés.

<< - Vous êtes terriblement belle ! >> proclama alors Joruth en prononçant vivement un pas vers elle pour s'en rapprocher dangereusement, tel un félin se dirigeant sur sa proie, d'une manière aussi impulsive que fougueuse, avant qu'il n'ait vraiment eu le temps de réfléchir. Une façon qui ressemblait fortement à ses manières de jeunesse lorsque il était autre chose qu'un noble déchu et dépossédé, jadis avant que le mauvais sort ne s'acharne sur lui et sa famille et ne refroidisse ses ardeurs. Morrigan d'abord interloquée par ce comportement imprévisible et cette réponse surprenante, se reprit très vite, le dédain et la condescendance imprimés sur sa face.

<< - Vous ne faîtes qu'énoncer l'évidence. Mais je suppose que ça partait d'un bon sentiment. >>
Bien entendu, Morrigan qui n'était pas née de la dernière pluie, n'avait pas manqué de surprendre les nombreux regards que le Garde des ombres qui se croyait tellement discret, lui réservait de temps à autre, des regards d'une intensité qui ne trompait personne. La fille de Flemeth savait depuis le début qu'il n'était pas insensible à sa beauté et à ses charmes. Et pourtant, c'était la première fois qu'il se fendait d'un compliment. Certes, compliment affreusement moins sophistiqué et poétique qu'un nombre incalculable de discours émis par bien d'autres, nombre de prétendants Chasinds follement amoureux d'elle avec nombre de commentaires élogieux sur sa grâce, sa splendeur divine, son éclat. Et néanmoins contre toute attente, elle avait bien plus qu'apprécié tant la simplicité du message que la force qui y avait été mise pour lui signifier. Jusque là, Joruth Cousland, pour une raison qu'elle ignorait encore s'était gardé de jouer cartes sur table, réticent, résistant durement jusqu'à l'agacer. La sorcière décida de le récompenser. Décroisant les bras, Morrigan à son tour s'avança vers lui, de manière tendancieuse, jouant de ses atouts féminins, et elle minauda, telle qu'elle s'y prenait quand elle désirait rendre les hommes totalement fous d'elle.

<< A tous égards, ce regard, celui que vous me réservez à cet instant, je le préfère nettement à celui que vous revêtez au quotidien, tel un zombie. Vous paraissez vous animer enfin. Vous semblez constamment porter le poids du monde sur vos épaules et c'est terriblement ennuyeux à contempler. >>


<< - Il ne tient qu'à vous de me divertir pour changer cet aspect de temps à autre. >>
Proche de lui, sous son regard vibrant, Morrigan posa une main sur son armure au niveau de sa poitrine, un premier sourire aux lèvres.

<< - Hum, A ce qu'ils semble en effet. J'ai d'ailleurs quelques idées qui vous feraient fondre sur le champs. >>


<< - Je brûle de curiosité. >>

<< - Vous n'avez pas idée... >>
Ils se dévorèrent un long moment d'un regard de feu, aucun d'entre eux n'imitant le moindre geste, définitivement attiré l'un par l'autre. Joruth qui s'était laissé débordé par les émotions, s'était laissé tenté par le jeu entre eux, se trouva à présent tendu à l'extrême, ses yeux rattrapés par la nostalgie, la culpabilité puis la honte. Il détourna les yeux et prit ses distances, redevenu aussi froid qu'un poisson mort. Disparu l'homme passionné.

<< Vous.. vous partez ? >>


<< - Je pars. Merci pour votre patience. >>


<< Je vais enfin pouvoir retrouver la paix et profiter d'un peu de sommeil. >>
Pour cacher sa déception, Morrigan avait pris soin de se rasseoir tout en roulant des yeux face à la brusque reculade du garde des ombre, reculade pudique qu'elle trouvait très contrariante, indigne de lui.

<< - Bonne nuit, Morrigan. >>
Joruth s'éloigna, ayant tourné le dos à la sorcière, puis comme saisi d'une idée, il se retourna et s'adressa de nouveau à elle. << Je ne peux pas vous obliger à partager notre feu de camps et la compagnie des autres. Mais si cela ne vous parait pas insurmontable, je pourrai peut être partager le vôtre et vous régaler de ma compagnie comme ce soir, à vous harceler de tonnes d'autres questions. >>

<< - Ô joie ! >>
s'exclama Morrigan d'un ton très amusé. Puis elle sourit à demi, un vrai sourire. << Qu'avez-vous dit ? Me régaler de votre compagnie ? Je suppose que je survivrai. >>

Joruth hocha la tête et partit pour de bon, la délaissant définitivement derrière lui. [/Justify]

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Natsumi

J'ai pas encore lu la dernière partie, mais j'adore ta manière d'écrire Alistair -ouais je me refais pas-. Je le retrouve bien dans tes lignes.

CiterAlistair y était alors incompréhensiblement insensible et il l'avait d'ailleurs rappelé ce soir, sans ambiguïté, avec fermeté, presque motivé d'un entêtement acharné. Morrigan il ne sentait pas, Morrigan était une épine dans le pied.

Cette phrase en particulier m'a vendu du rêve xD ! Je pense juste que tu as oublié un pronom dans la partie "Morrigan il ne la sentait pas" ?
As I recall, close the door and throw away the key was the templar plan B

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Jaqen

xD

Ouaip, cette phrase que t'as bien aimé, c'est du Alistair tout craché !  ;D

Et merci pour cette horrible faute que je traquais hier, mais que je n'avais plus eu le temps de corriger avant de devoir partir. Plus c'est long, plus c'est chiant de repérer toutes les petites fautes lol. Mais celle là me titillait en particulier.

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Gyapple

AGAIN AGAIN.
Bon ça va. C'est vrai que ça fait pas mal de lecture tout de même.

Mais c'est hyper bien écrit, et bien détaillé. En gros: j'attends la suite avec impatience.
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[...]
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Jaqen

Ton  soutien inébranlable, ainsi que ton enthousiasme infatigable depuis le début, ont été une vraie source d'inspiration et de motivation, Gyapple. ;)

Merciiii et suite prochainement ! 

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Natsumi

La conversation entre Joruth et Morrigan est juste parfaite, tellement juste et bien millimétré entre les deux persos ! La suite !!!
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Gyapple

Tu m'en vois ravie! Je continuerai à jouer la cheerleader alors.  ;D
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Jaqen

Vraiment, les deux derniers posts font vraiment très plaisir. Merci !

Je reviens du ski, je n'ai pas pu poster n'étant pas chez moi. Mais je me ferai un plaisir de reprendre très bientôt. ( juste après le week end, car n'étant pas là non plus. )

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